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RETARD DE L’HARMATTAN AU BENIN : CONSEQUENCES POSSIBLES SUR LA PRODUCTION AGRICOLE

Alors que tout les populations au sud du Bénin s’attendent depuis décembre au froid de l’harmattan, ce vent sec et froid se fait toujours prier alors qu’on a passé la moitié du mois de Janvier, mois par excellence au cours duquel il sévit de façon plus aiguë. Pour mieux comprendre pourquoi, en lieu et place de ce froid, c’est la chaleur qui étouffe les populations, Inf’au Zénith est allé à la rencontre de Dr Hervé Worou AFOUDA, enseignant chercheur à l’université d’Abomey-Calavi et spécialiste de la climatologie appliquée. Il a accepté répondre aux questions de votre journal

Inf’au Zénith : Bonjour Dr AFOUDA

Dr Hervé Worou AFOUDA : Bonjour, Inf’au Zénith.

Inf’au Zénith : On parle beaucoup de changements ou perturbations ou glissements climatiques. Faut-il mettre la chaleur actuelle au sud du Bénin sous ces chapitres quand on sait que d’habitude, et à l’heure actuelle, on a plutôt droit à l’harmattan, une période de fraîcheur et de ralentissement des activités ?

Dr Hervé Worou AFOUDA : Pour répondre à votre question, c’est tout à fait légitime de se poser un certain nombre de question en observant la variabilité des éléments du climat puisque cela peut impacter les activités agricoles qui constitue le socle de notre alimentation mais également notre bien-être. La première question fait appel à la compréhension de ce phénomène climatique qui s’observe habituellement entre le mois de décembre pour s’achever au début du mois de mars. En réalité, le harmattan est un alizé continental résultant de vent du désert Egyto-libyenne et celui de l’océan (dévié vers l’ouest qui arrive sur l’Afrique de l’Ouest selon une direction N-E. Ce vent prend les caractéristiques des régions traversées notamment le désert asséché qui confère le caractère sec et poussiéreux. C’est de la vigueur des anticyclones des Açores et de son extension sur le continent dépendent de l’ampleur et la persistance de l’harmattan sur nos régions. Dans la même, période d’hiver boreal, on peut noter des mouvements extra tropicaux tels que la dépression coupée, les cut off, les jets dans le domaine septentrionales et méridionales avec des incursions et lâchent des langues d’air froid sur la région. La présence de ses types de vent peut provoquer des pluies hors saison pluvieuse. Par ailleurs, les activités humaines sont reconnues comme la cause du réchauffement global. On peut donc penser sous l’effet du réchauffement global les caractéristiques de ces vents en circulation dans l’atmosphère qui sont à l’origine de l’harmattan ont dû changer. Cependant, il faut être prudent et qu’une étude plus sérieuse soit réalisée avant une conclusion soit tirée.

Inf’au Zénith : On a quand même les matins, le brouillard qui caractérise l’harmattan, mais qui se dissipe très vite avec les premiers rayons du soleil. C’est un mélange de saison ou une dénaturation des périodes ?

Dr Hervé Worou AFOUDA : il est important de faire la part des choses. Le brouillard a pour origine la condensation de la vapeur d’eau contenue dans l’air en minuscules gouttelettes liquides lorsqu’il se refroidit, atteignant son point de rosée, un peu comme un nuage au sol, favorisé par une forte humidité (90 % le mardi 13 janvier 2025), des températures basses (surtout la nuit) et peu de vent pour maintenir les gouttelettes en suspension. Ainsi, tel que définit on comprend bien qu’avec une hausse des températures minimales et maximales et sous l’effet de la vitesse du vent, une disparition précoce des brouillards peuvent être advenir. (La figure x renseigne sur l’évolution des températures minimales au cours des mois de décembre à Mars. Figure xx : Evolution des températures minimales au cours des mois d’harmattan au Bénin)

Inf’au Zénith : L’harmattan et sa régularité calendaire ont-ils un lien avec la production agricole ?

Dr Hervé Worou AFOUDA : Nous pouvons en se basant sur les développements précédents, dire que l’harmattan est associé à la saison sèche et correspond généralement à la période de maturation des cultures vivrières excepté les cultures pérennes et les productions à base des systèmes d’irrigation de contre saison. La poussière est caractéristique de le harmattan est généralement composée de particules végétales (herbes, fleurs sèches, pollen), animales (plumes d’oiseaux, déchets de toutes sortes), de microbes, de virus, de parasites, de champignons microscopiques qui peuvent avoir des effets néfastes sur les rendements agricoles. Toutefois, les précipitations hors saisons que nous constatons peuvent être très bénéfiques pour les différentes spéculations comme les racines (Manioc) et les agrumes comme l’oranger. L’harmattan ne vient que davantage aider les agriculteurs à pouvoir bien sécher leurs récoltes puisque c’est la période des récoltes. Donc, la présence d’un vent sec pendant le temps de l’harmattan, offre des possibilités de séchage et permet de réduire le taux d’aflatoxine dans les graines (maïs, haricot, soja, arachide…). Les aflatoxines sont des substances toxiques produites par certains types de champignons (moisissures) présents naturellement partout dans le monde. Elles peuvent contaminer les cultures alimentaires et constituent une menace grave pour les humains et le bétail. Elles sont aussi un fardeau économique important en étant à l’origine de 25 % ou plus des destructions de cultures alimentaires dans le monde chaque année. Ce temps est favorable au développement de fleurs ( nouaison) du tomate à cause de période de fraîcheur qui fait que l’amplitude thermique dépasse 15°.Par ailleurs, il n’est pas opportun de commencer la semence des cultures vivrières et pensé qu’il aurait une continuité des précipitations hors saison. J’invite donc les producteurs qui sont sous le régime de type pluvial d’être prudent de suivre le conseil des services météorologiques nationales qui travaille à vulgariser les calendriers appropries à chaque saison.

Inf’au Zénith : Avec cette chaleur qu’on a, à quoi doit-on s’attendre côté production agricole pour la prochaine saison qui doit démarrer en mars prochain?

Dr Hervé Worou AFOUDA : Oui ! Nous devrons nous attendre pour la production végétale au changement dans la temporalité des cycles de vie, apparition précoce des fleurs, pour le secteur de l’élevage une perturbation du système de reproduction entre autres. Comme s’informer régulièrement des mesures d’adaptations proposées par les instances aux niveaux nationales et les unités de recherche agricoles, l’adoption de variétés améliorées pour faire faces à l’irrégularité des précipitations, mobiliser les ressources pour aller vers la mise en place des systèmes d’irrigation intégrés et de maitrise de nos ressources en eau.

Inf’au Zénith : Dr Hervé Worou AFOUDA, Merci !

Dr Hervé Worou AFOUDA : Merci Inf’au Zénith.

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