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Décentralisation au Bénin : Le grand vent de renouvellement de 2026

L’installation des nouveaux conseils communaux au Bénin marque un tournant historique. Entre éviction massive des anciens édiles, promotion d’une jeunesse audacieuse et expérimentation d’une « trêve politique », la physionomie des mairies change radicalement. Franck Kinninvo, expert en gouvernance locale sur l’émission Actu matin de Canal 3 Bénin, livre son analyse sur ces mutations profondes.

Le paysage politique local béninois vient de subir un véritable séisme.

Depuis le samedi 14 février 2026, les nouveaux visages des exécutifs communaux sont connus, et les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 80 % des anciens maires ont été remplacés. Pour Franck Kinninvo, expert en gouvernance, ce n’est pas un simple hasard, mais le résultat d’une option politique claire et d’un nouveau rapport de force au sein des partis de la mouvance. L’un des faits marquants de ce renouvellement est l’éviction de figures historiques au profit de nouveaux cadres. Si certains y voient une perte d’expérience, Franck Kinninvo tempère: « le garant de la continuité, ce sont les partis politiques, ce n’est pas l’individu ». Selon lui, les partis comme l’Union progressiste le renouveau (Upr) et le Bloc républicain (Br) ont mûri depuis 2020 et disposent désormais d’un vivier de compétences plus large, permettant de privilégier la loyauté et les résultats probants.

Le pari de la jeunesse et de la compétence technique

L’arrivée de jeunes maires, parfois âgés de moins de 40 ans, à la tête de villes stratégiques comme Parakou, Abomey-Calavi ou Porto-Novo, suscite autant d’espoir que d’interrogations. Face aux craintes sur leur manque d’expérience, l’expert se veut rassurant. « Ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on est ignorant ou incapable ». Il souligne que le maire moderne n’est plus seul; il est entouré d’un dispositif technique robuste comme le Secrétaire exécutif, la cellule juridique, le conseil de supervision qui sécurise la gestion.

Pour Kinninvo, cette jeunesse apporte surtout un « dynamisme » et une capacité d’ « innovation » indispensables pour sortir les communes de l’ornière après 23 ans de décentralisation au bilan parfois mitigé.

Vers une « trêve politique » locale

Une nouveauté majeure de cette mandature réside dans l’ouverture des postes de direction (adjoints au maire, présidents de commission) à la minorité municipale. Bien que les partis majoritaires détiennent la majorité absolue, ils ont choisi de concéder des postes à l’opposition. « C’est un très bon exemple de dire : nous avons gagné, mais nous vous concédons des postes pour expérimenter cette trêve politique », explique Franck Kinninvo. Cette stratégie vise à apaiser les tensions post-électorales et à mobiliser toutes les énergies vers un seul objectif : le développement à la base.

Le bémol d’une représentativité féminine en berne

Malgré ces avancées, un point noir subsiste. Il s’agit de la faible présence des femmes aux postes de maires. Avec seulement quatre ou cinq femmes élues à ce jour, le progrès est jugé insuffisant. L’expert appelle les partis politiques à se rattraper lors de la désignation des présidents de commissions permanentes. « Plus de femmes, c’est plus de regards différents dans la mise en place des politiques publiques » plaide-t-il, citant en exemple la commune de Tofo, pionnière en la matière.

L’heure des résultats

Pour Franck Kinninvo, cette mandature de sept ans est celle de la « dernière chance » pour prouver que la décentralisation peut être un outil puissant de développement durable. Les nouveaux maires sont attendus sur des chantiers concrets: marchés, pistes rurales, centres de santé et accès à l’eau. Le temps des sessions administratives ne suffit plus; l’heure est à l’action sur le terrain.

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