Reçu sur le plateau d’Actu Matin ce lundi 23 février 2026, le Directeur Général du Travail (Dgt), Edgard Dahoui, a dressé un bilan sans concession de la lutte contre l’exploitation des mineurs. Entre avancées statistiques notables et persistance de zones d’ombre, le gouvernement lance la deuxième édition de sa campagne phare pour éradiquer ce fléau.
Le Bénin revient de loin.
En 2014, plus de la moitié des enfants béninois (52 %) étaient astreints au travail. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 19 %. Pour Edgard Dahoui, ce gain de 30 points est le fruit d’une synergie d’actions. « C’est la preuve que le travail porte ses fruits », s’est réjoui le Dgt, tout en précisant que l’ambition du ministre du Travail est d’atteindre le « taux zéro ». Face aux traditions qui prônent l’initiation précoce des enfants aux travaux champêtres ou manuels, le Dgt a tenu à clarifier les concepts. Le travail socialisant : Il s’agit des petites aides domestiques (vaisselle, rangement) ou de l’accompagnement des parents au marché pendant les vacances. « Tout travail qui n’altère pas les capacités cognitives ou n’empêche pas l’école est socialisant », explique-t-il.
Le travail dangereux : Dès qu’un enfant est exposé à des pesticides, des outils tranchants, des charges lourdes ou des environnements toxiques (mines, carrières), on bascule dans l’exploitation. La nouvelle campagne « Tolérance zéro » cible prioritairement les secteurs à forte prévalence. Le Dgt a cité avec inquiétude les carrières de gravier dans le Mono-Couffo et le concassage de granit dans les Collines. Plus proche de nous, les chantiers de Btp, les gares routières et, plus surprenant, les bars-restaurants où des filles mineures sont employées jusqu’à des heures indues. Une mesure forte a été rappelée : l’âge minimum d’accès à l’apprentissage est fixé à 14 ans au Bénin.
Désormais, aucun contrat d’apprentissage ne peut être validé par l’Inspecteur du Travail sans un certificat médical d’aptitude. « Pourquoi apprendre un métier qui va vous rendre malade ? », a martelé Edgard Dahoui. Ce certificat garantit que l’enfant a la constitution physique nécessaire pour le métier choisi. Pour éviter que les enfants retirés des circuits d’exploitation n’y retombent, le ministère a digitalisé la collecte des données. Grâce à des tablettes, les inspecteurs suivent désormais le parcours de chaque enfant identifié sur l’ensemble du territoire. Un mécanisme de suivi post-retrait est également en cours de validation pour assurer une réinsertion durable.
Edgard Dahoui a appelé chaque Béninois à devenir un acteur de la lutte : « Si vous allez chez un vulcanisateur ou un maçon et qu’il vous présente un enfant pour faire le travail, refusez ! Dites-lui que tant qu’il y a des enfants, vous ne lui confierez pas votre véhicule ou votre chantier. ».
La répression, bien que nécessaire pour « montrer l’exemple », ne prendra le pas sur la sensibilisation que si la dénonciation devient un réflexe national.








