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Tabou social : « On ne viole pas un homme », le mythe dangereux déconstruit par Aldores Hounkpatin

Peut-on violer un homme ? La question, pour beaucoup, frise l’absurde. Dans une société béninoise où la virilité est érigée en dogme et l’honneur masculin en bouclier, l’idée même qu’un homme puisse être victime d’abus sexuels est souvent balayée d’un revers de main moqueur. Reçu ce mercredi 4 mars 2026 sur le plateau d’ »Actu Matin », le jeune écrivain Aldores Hounkpatin du recueil de nouvelles « Un plaisir pour 1000 remords » lève le voile sur une réalité sociale aussi brutale qu’ignorée.

Dans sa nouvelle intitulée ironiquement « On ne viole pas un homme », Aldores Hounkpatin dépeint le tragique destin d’un employé harcelé et violé par sa supérieure hiérarchique. Pris au piège entre la peur de perdre son emploi dont dépend toute sa famille et le chantage affectif, le protagoniste finit par se donner la mort. Un drame qui illustre, selon l’auteur, l’impasse psychologique dans laquelle se retrouvent de nombreux hommes. « C’est un défi en tant qu’écrivain de donner une ouverture à des sujets tabous qui n’ont pas encore été réellement abordés », explique-t-il, soulignant que son œuvre vise à donner une voix à ceux que la société condamne au mutisme.

Briser le mythe de l’érection-consentement

L’un des points les plus percutants de l’intervention de l’écrivain concerne la réponse physiologique de l’homme. Face aux préjugés voulant qu’une érection soit synonyme de désir, Aldores Hounkpatin apporte un démenti scientifique: « L’érection ne vient pas forcément du désir ou de la volonté. Le corps peut réagir de façon purement physiologique sous la contrainte, le stress ou certaines substances. Le cerveau émotionnel fonctionne parfois différemment du cerveau rationnel ». Pour lui, nier cette réalité, c’est condamner la victime à une double peine: le traumatisme de l’acte et la honte de sa propre réaction corporelle.

L’éducation africaine sur le banc des accusés

L’auteur pointe du doigt une éducation africaine qui « bride les émotions ». En imposant à l’homme d’être le protecteur inébranlable, la société lui interdit de pleurer ou de se confier. « Les émotions sont comme des tomates: si vous les accumulez sans les sortir, elles finissent par pourrir à l’intérieur », image-t-il avec force. Cette pression sociale explique le taux extrêmement faible de plaintes déposées par des hommes. Dire « j’ai été violé » est perçu comme une dévalorisation, une perte de virilité qui expose la victime aux rires de la foule, comme il le décrit lors d’une scène de procès dans son livre.

Un combat pour l’humain, au-delà du genre

Loin de vouloir opposer les souffrances, Aldores Hounkpatin précise que sa démarche n’enlève rien à la gravité des violences faites aux femmes. Au contraire, il plaide pour une vision globale de la protection humaine. « Le juridique béninois ne genre pas le viol. La loi parle de « toute personne ». Il ne faut pas voir les violences faites aux hommes et aux femmes comme une opposition, mais comme deux réalités qui se complètent dans le combat contre les abus sexuels », affirme-t-il. En inversant les rôles et en présentant une femme prédatrice, froide et calculatrice, l’écrivain force le lecteur à sortir des clichés pour regarder le crime en face, peu importe le sexe du coupable.

À travers ce récit poignant, Aldores Hounkpatin ne se contente pas de raconter une histoire; il lance un pavé dans la mare des certitudes sociologiques. Une invitation à repenser la virilité non plus comme un silence de plomb, mais comme une capacité à reconnaître sa propre vulnérabilité.

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