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Fact-checking et investigation : La nouvelle boussole des médias dans le Nord-Bénin

Dans un département de l’Alibori en proie à des défis sécuritaires et sociaux majeurs, les journalistes locaux ont décidé de prendre leurs responsabilités. Reçu par la rédaction d’Actu Matin, Alassane Sanni Bio, journaliste et président de la cellule de fact-checking et d’investigation, a présenté les missions de ce nouveau creuset. Son objectif est de restaurer la vérité pour garantir la cohésion sociale.

Le département de l’Alibori traverse une période délicate, marquée par l’insécurité et les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs. Pour Alassane Sanni Bio, le constat est sans appel: « Les populations sont exposées à la manipulation sur les réseaux sociaux. Si à la radio on n’essaie pas de rétablir la vérité, le danger s’installe ». C’est pour éviter que la désinformation ne corrompe la paix locale que cette cellule a été mise en place. Elle permet désormais une synergie d’action où un journaliste à Banikoara peut vérifier une information en temps réel auprès d’un confrère à Malanville avant toute diffusion.

Fact-checking et Investigation : sortir des méthodes traditionnelles

Le journalisme moderne ne peut plus se contenter des méthodes de vérification classiques. Alassane Sanni Bio plaide pour l’usage des outils technologiques: « On ne peut plus se baser seulement sur les méthodes traditionnelles. Il faut faire recours au fact-checking pour rétablir les faits ». La cellule mise énormément sur la formation de ses membres pour acquérir ces nouvelles compétences en investigation et en vérification. L’idée est de passer d’un travail individuel et précipité à une rigueur collective « catholique », indispensable pour traiter des sujets sensibles comme le terrorisme ou la corruption.

Un pont avec les autorités pour une meilleure gouvernance

L’investigation est souvent perçue avec méfiance par les autorités locales. Le président de la cellule tient à lever toute ambiguïté : « Ce n’est pas un travail qu’on veut faire pour compliquer leur gestion, mais plutôt pour les aider à mieux faire ». Pour Alassane Sanni Bio, le journaliste est un « œil observateur » qui permet aux dirigeants d’ajuster leurs pas. Il appelle les autorités à ne pas voir la presse comme un adversaire, mais comme un partenaire indispensable à la bonne gouvernance et à la crédibilité de l’action publique.

Déconstruire les stéréotypes pour la paix

Au-delà de la simple diffusion d’informations, la cellule s’engage dans la promotion active de la cohésion sociale. Cela passe par la déconstruction des stéréotypes qui divisent les communautés. « Nous n’avons pas de raison de nous stigmatiser. Nous allons travailler à changer les mentalités à travers nos médias, mais aussi par des conférences et des manifestations rassemblant toutes les entités du département », explique l’invité. Le projet, bien qu’ancré dans l’Alibori pour l’instant, a déjà des échos dans l’Atacora et le Borgou, avec l’ambition de s’étendre à tout le territoire national.

Des conditions d’exercice difficiles mais un engagement intact

Malgré la précarité qui frappe le secteur des médias au Bénin, Alass6an Sanni Bio reste convaincu que l’indépendance et la qualité sont les seules garanties d’audience. Il exhorte les gouvernants à comprendre qu’un média crédible est un média qui traite des sujets qui intéressent réellement les populations. « Quand les médias sont bien suivis, les actions de communication portent réellement car l’audience est au rendez-vous », conclut-il, fixant la formation et l’extension du réseau comme les priorités de cette année.

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