Alors que le Bénin s’engage dans une phase de modernisation de ses structures, la voix des gardiens de la tradition se veut de plus en plus pragmatique. Le boconon Gbemadoyomin, figure respectée de la géomancie, porte un regard sans concession sur l’apport des valeurs ancestrales à la construction de la nation.
Pour lui, le développement n’est pas qu’une question de chiffres, mais d’identité et de discipline.« Est-ce que le Vodun peut participer au développement d’un pays ? La réponse est oui ! ». C’est par cette affirmation tranchée que le boconon Gbemadoyomin a ouvert son analyse. Pour lui, le Vodun ne se limite pas aux rituels ; il est d’abord une « communauté » qui rassemble des peuples autour de règles, de principes et d’une conscience collective cultivée. La discipline du Vodun contre la corruption.
L’un des points majeurs abordés par l’expert est l’impact moral du culte sur la gestion de la chose publique. Le boconon Gbemadoyomin soutient que l’initiation et la pratique du Vodun imposent une rigueur éthique naturelle. « Quelqu’un qui est vodunisant et qui est embauché dans un service a forcément la crainte de quelque chose, car il a été discipliné dès le départ », martèle-t-il. Selon lui, cette « crainte » du sacré agit comme un régulateur interne plus efficace que de nombreuses lois administratives. Il estime que le respect des interdits et des principes du Fa pourrait drastiquement limiter les « détournements de deniers publics » et les comportements inciviques, car le pratiquant sait qu’il est comptable de ses actes devant la communauté et les divinités.
« L’économie de communauté » : un modèle de croissance
L’expert ne s’arrête pas à la morale. Il explore des pistes économiques concrètes. Il introduit le concept d’« intelligence collective » au sein des couvents. Prenant l’exemple de la communauté Tron, il suggère une organisation de type coopérative à grande échelle. « Imaginez des millions de personnes qui se rassemblent pour faire la promotion de la culture de l’ananas, du palmier ou de l’anacarde », explique-t-il.
Pour Gbemadoyomin, ces communautés ont la capacité de mobiliser des ressources propres pour identifier des domaines agricoles et lancer des produits « consommés localement » sous une identité forte. C’est, selon lui, une habileté stratégique qui permettrait de créer une richesse autonome et durable, ancrée dans les terroirs.
Le Fa, boussole de la gouvernance
Pour le prêtre de Fa, la géomancie est une science de l’ordre. Il déplore que les outils d’anticipation et de planification contenus dans le Fa soient souvent négligés dans les processus de décision modernes. Il voit dans le Vodun une « conscience collective cultivée » qui peut aider à pacifier les relations sociales, notamment dans les zones rurales où les conflits fonciers freinent encore le développement. Sur ce point, le boconon rejoint les préoccupations actuelles de sécurisation foncière, rappelant que la stabilité d’un pays repose sur la clarté des droits et le respect de la parole donnée, des valeurs intrinsèques au culte.
Un appel à la fierté et à la laïcité productive
Le boconon Gbemadoyomin exhorte les Béninois à sortir de la dualité entre modernité et tradition. Il prône une laïcité intelligente où les différentes communautés travaillent « la main dans la main » pour le progrès national. Pour lui, le Vodun doit être perçu comme un « outil de promotion » de l’identité béninoise sur l’échiquier mondial. À travers son œuvre et ses prises de position, il invite la jeunesse à ne plus avoir honte de ses racines, car c’est dans cette « métaphysique des traditions vivantes » que se trouve, selon lui, la clé d’une souveraineté réelle.
Donatien Fernando SOWANOU









