Le prix du carburant de contrebande s’envole et asphyxie les conducteurs de taxi-moto. Entre chute des revenus et négociations tendues avec les clients, Francis Kpotchida, conducteur de métier, témoigne d’un quotidien devenu précaire. Pour ce secteur vital, la survie ne tient plus qu’à un fil.
Le constat sur le terrain est sans appel : le prix du litre d’essence de contrebande a explosé en un temps record. Pour Francis Kpotchida, la brutalité de cette hausse se lit directement sur les étalages de bord de route. « Aujourd’hui, on ne parle plus de 650 Fcfa, le prix de 700 Fcfa est devenu bien plus fréquent », déplore-t-il avec amertume.

Cette envolée des tarifs ne se répercute pas seulement sur le réservoir, mais affecte directement le panier de la ménagère. Francis explique sans détour que ses recettes journalières ne suffisent plus à couvrir les besoins de sa famille. « On travaille forcément à perte, car l’argent qu’on gagne ne peut plus nourrir la maison », confie-t-il.
L’entretien de son outil de travail est également devenu un luxe. Pour lui, les calculs ne tombent plus juste. « Normalement, avec un plein à 550 Fcfa, je pouvais espérer une recette correcte avoisinant 48.000f la semaine. Mais avec l’essence à 700 Fcfa, c’est impossible ».
Malgré la cherté, Francis reste fidèle au circuit informel du « kpayo » par pur réalisme géographique. « On préfère le kpayo parce qu’ils sont partout, contrairement aux stations. Même dans les petites rues, ils sont là », justifie-t-il. Pour lui, chercher une station officielle lointaine reviendrait à consommer le peu de carburant qui lui reste. La proximité l’emporte donc sur le prix à la pompe, malgré le poids financier.

Sur le bitume, la tension est palpable entre le conducteur et ses passagers. Les clients, eux aussi étranglés par la vie chère, refusent d’accepter l’augmentation des tarifs de transport. Francis raconte des journées rythmées par les disputes : « Les clients ne paient pas facilement, ils cassent les prix ». Il finit par accepter des courses à 200 ou 300 Fcfa, une situation qui pousse de nombreux usagers à préférer la marche plutôt que de monter sur un « zém ».
Face à cette crise qui s’installe, le découragement est visible. Francis Kpotchida ne cache pas son désarroi face à un avenir qu’il juge incertain. « On n’a pas le choix, c’est pour ça qu’on continue de conduire, mais on perd de l’argent », conclut-il.
Sans alternative immédiate, il continue de rouler par nécessité, tout en sentant que le métier de conducteur de taxi-moto ne tient plus qu’à un fil.
Donatien Fernando SOWANOU









