Accueil / Eco Constats / Création de 6 régions de développement : les clés d’un moteur de croissance du PIB selon le Dr Sheitan Sossou

Création de 6 régions de développement : les clés d’un moteur de croissance du PIB selon le Dr Sheitan Sossou

L’hyper-concentration de l’économie béninoise sur l’axe Cotonou-Porto-Novo pourrait bientôt appartenir au passé. Dans le projet de société du candidat Romuald Wadagni, la création de 6 régions économiques s’annonce comme le levier majeur pour doper le Produit intérieur brut (Pib). Pour le Dr Sheitan Sossou, économiste à l’Université Cheikh Anta Diop, cette stratégie de spécialisation territoriale est la clé pour transformer nos richesses brutes en valeur ajoutée nationale.

Le Bénin dispose d’atouts immenses encore sous-exploités à l’intérieur du pays. En proposant de s’appuyer sur des pôles régionaux (agropoles, tourisme, industrie), Romuald Wadagni veut briser le monopole économique de la zone côtière. Pour le Dr Sheitan Sossou, cette approche est une opportunité historique. « En développant des agropoles, on transforme les produits agricoles comme le coton ou l’anacarde localement au lieu de les vendre bruts. Cela crée plus de richesse et surtout des emplois là où se trouve la matière première », explique l’expert.

Au-delà du coton : l’industrie et le tourisme par zone

L’identification de filières prioritaires permettrait à chaque région de devenir un champion national. L’économiste prend l’exemple du Nord, où la transformation des produits de l’élevage pourrait générer une valeur ajoutée colossale, ou encore du Centre et du Sud, où le tourisme et l’artisanat peuvent attirer des devises étrangères. « Chaque région devient ainsi une pièce du puzzle économique national, ce qui augmente mécaniquement la contribution de l’intérieur du pays au Pib global », souligne-t-il.

Vers une autonomie fiscale des territoires

L’un des enjeux majeurs de cette régionalisation est l’efficience fiscale. Actuellement, la dépendance vis-à-vis du budget central est quasi totale. Le Dr Sossou estime que ce modèle peut optimiser la mobilisation des ressources propres: « Si une région réussit à attirer des entreprises grâce à ses atouts, elle collectera plus d’impôts locaux. Cet argent pourra être réinvesti directement dans des infrastructures régionales sans attendre tout de Cotonou ». Une autonomie qui, selon lui, favoriserait une saine compétition entre les territoires pour attirer les Investissements directs étrangers(Ide).

Le défi de la rigueur : « Construire des usines, pas des bureaux »

Toutefois, l’économiste avertit : le succès de ce projet repose sur la discipline budgétaire. Le risque de voir les dépenses de fonctionnement exploser au détriment de l’investissement productif est réel. « Si une région crée trop de structures administratives, beaucoup d’argent servira à payer des salaires plutôt qu’à construire des routes ou des usines », prévient le Dr Sossou. Pour lui, la viabilité du modèle à l’horizon 2033 dépendra de la capacité de l’État à limiter les coûts de structure pour orienter les ressources vers le social et l’économie réelle.

Une croissance plus résiliente

En stimulant la consommation intérieure et le commerce entre les 6 régions, le Bénin pourrait mieux résister aux chocs extérieurs. En somme, la régionalisation voulue par le duo de la majorité présidentielle n’est pas qu’une réforme administrative, c’est un changement de logiciel économique. Si la rigueur est au rendez-vous, le pays pourrait enfin passer d’une économie de transit à une économie de production diversifiée, portée par la force de ses territoires.

Donatien Fernando SOWANOU

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *