C’est une révolution dans le paysage syndical béninois. Longtemps confinées dans une neutralité de façade, les centrales syndicales affichent désormais leurs couleurs. Codjo Hinli, Secrétaire général de la Cosi-Bénin, assume le soutien de son organisation au duo Wadagni-Talata. Entre pragmatisme et survie sociale, le leader syndical justifie un choix qu’il juge « opportun » face à l’essoufflement du dialogue social.
Sortir de la « clandestinité politique »
Pour Codjo Hinli, l’heure n’est plus à l’hypocrisie. Si l’article 10 des statuts de sa confédération consacre l’indépendance vis-à-vis des partis, il réserve également au syndicat le droit de se prononcer sur tout sujet engageant la vie des travailleurs. « Dans notre pays, toutes les organisations ont toujours fait de la politique de façon clandestine. Nous avons estimé qu’il valait mieux être sincère et franc », a-t-il martelé. Pour la Cosi-Bénin, ce soutien n’est pas un blanc-seing, mais un choix stratégique basé sur la promesse d’un dialogue « permanent, constructif et productif de résultats ».
Le spectre du désespoir social
Pour illustrer l’urgence d’un changement de méthode dans la gestion des ressources humaines au Bénin, le Secrétaire général a rappelé un épisode tragique survenu fin 2024, où un ancien travailleur désespéré s’en est pris violemment à son patron. « Lorsque le dialogue social n’est pas correctement fait, lorsqu’on ne donne pas l’espoir aux travailleurs que demain sera meilleur, c’est ce que ça génère », prévient-il. Pour Hinli, s’engager aujourd’hui, c’est « oser » pour éviter qu’une « mort collective » ne ravage le monde du travail.
« Le syndicalisme ne vit pas dans un monde isolé »
Face aux critiques qui crient au sacrifice des libertés syndicales sur l’autel de la politique, Codjo Hinli oppose une fin de grimace. Il rappelle que des figures mondiales comme Lula au Brésil ou Ramaphosa en Afrique du Sud sont issues du sérail syndical. « Ne donnez pas l’impression que le syndicaliste ne doit jamais dire un mot sur ce qui se passe en milieu politique, alors que c’est avec l’homme politique qu’il discute pour résoudre les problèmes », a-t-il rétorqué avec vigueur. Il assure que ce choix est le fruit d’une consultation large, allant du bureau exécutif aux démembrements départementaux.
Un appel à la légitimité par les urnes
À quelques heures de la clôture de la campagne, le leader de la Cosi-Bénin a salué une ambiance globale sans violence, tout en notant une certaine « tiédeur » par rapport aux joutes électorales passées. Son souhait : un vote massif le 12 avril pour conférer au prochain président toute la légitimité nécessaire. « Les problèmes du pays doivent rester la priorité », a-t-il conclu, lançant un ultime appel en langue nationale pour exhorter les travailleurs à accomplir leur devoir civique.








