À cent jours du coup d’envoi d’un Mondial inédit à 48 équipes et 104 matches, l’excitation monte. Mais pour de nombreux supporters, le rêve américain ou nord américain risque de tourner au casse tête financier. La Coupe du monde 2026, organisée aux États Unis, au Canada et au Mexique, s’annonce spectaculaire sur le terrain… et vertigineuse côté budget.
Des billets loin des promesses initiales
Dans son dossier de candidature, la Fifa promettait des billets accessibles dès 21 dollars. Sur le terrain de la réalité, les chiffres sont tout autres.
D’après l’association Football Supporters Europe (FSE), les places les moins chères actuellement disponibles débutent à 60 dollars pour certaines affiches secondaires comme Autriche Jordanie ou Brésil Haïti. Mais pour voir les grandes nations, la note grimpe vite : la majorité des billets dépasse les 200 dollars. Quant à la finale, le tarif d’entrée pour la catégorie la moins chère flirte avec les 2 000 dollars, tandis que les meilleures places atteignent 8 680 dollars. À ce niveau, assister au match devient un luxe.
Le président de la Fifa, Gianni Infantino, justifie cette flambée par le « marché » et la tarification dynamique, très répandue aux États Unis. Les prix varient selon la demande et l’affiche. Face aux critiques, l’instance assure avoir réservé un quota de billets à 60 dollars pour les associations de supporters.
Une demande record
Près de sept millions de billets ont été mis en vente. Lors de la première phase, organisée en octobre par tirage au sort, plus de deux millions de billets ont trouvé preneur. La deuxième phase, entre décembre et janvier, a enregistré 508 millions de demandes un chiffre record. La Fifa a conservé un stock non communiqué de billets pour une mise en vente en avril et jusqu’à la fin du tournoi, selon le principe du « premier arrivé, premier servi ». Autant dire que la ruée sera intense.
Le voyage, un autre défi
Au prix des billets s’ajoutent les dépenses annexes. Aux États Unis, une simple place de stationnement peut coûter 100 dollars à Atlanta, 300 à Los Angeles. Les tarifs des vols et des hébergements suivent la même tendance, portés par une demande massive. Pour les supporters qui ne bénéficient pas de l’Esta (Système électronique d’autorisation de voyage), il faudra ajouter 185 dollars pour un visa touristique. Une somme non négligeable, surtout pour les fans venus d’Afrique ou d’Asie.
Immigration et incertitudes géopolitiques
Le contexte politique complique encore l’équation. Le gouvernement américain a récemment gelé les procédures de visas d’immigrant pour 75 pays, dont Haïti, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et l’Iran, quatre nations qualifiées. La Maison Blanche assure que ce gel ne concerne pas les visas touristiques et prévoit des exceptions pour les joueurs, les staffs et leurs familles.
La situation de l’Iran reste toutefois scrutée de près, dans un climat international tendu. Pour l’instant, ni la Fifa ni la fédération iranienne n’ont évoqué une éventuelle non participation.
Sécurité au Mexique : vigilance accrue
Au Mexique, la sécurité fait également débat. En février, la mort d’un chef de cartel lors d’une opération militaire a provoqué une vague de violences dans plusieurs régions, dont Guadalajara, ville hôte de quatre rencontres. Les autorités locales assurent renforcer les dispositifs, mais l’inquiétude persiste chez certains supporters.« 104 Super Bowl »… à quel prix ?Pour Gianni Infantino, cette Coupe du monde sera « 104 Super Bowl », avec des retombées estimées à 11 milliards de dollars pour la Fifa.
Le spectacle s’annonce grandiose, à la mesure d’un tournoi élargi et d’un marché nord américain réputé pour sa puissance économique. Reste une question essentielle : à force de viser toujours plus haut, le Mondial ne risque t-il pas de s’éloigner de ceux qui en font l’âme, les supporters ? La Coupe du monde 2026 promet d’être historique sur le plan sportif. Elle pourrait aussi marquer un tournant dans la relation entre le football et son public populaire.
Firmin DANNON Journaliste sportif









