Dans l’émission Actu Matin, le journaliste Thanguy Agoï a joint par téléphone Jacques Dégbey depuis Parakou pour décrypter une information qui suscite beaucoup de réactions : le Bénin affiche désormais un PIB par habitant supérieur à celui du Nigeria.
D’entrée, l’expert a tenu à clarifier le concept. Le PIB par habitant, explique-t-il, est un indicateur économique qui permet d’estimer la richesse moyenne produite par personne dans un pays. Il s’obtient en divisant le produit intérieur brut total par la population. « C’est une moyenne. Elle ne reflète pas forcément la réalité individuelle ni les inégalités », insiste-t-il, appelant à éviter toute interprétation hâtive.
Dans le cas du Bénin, les estimations évoquées situent le revenu annuel moyen autour de 939 000 francs CFA, soit un peu plus de 2 500 francs par jour. En face, le Nigeria tourne autour de 690 000 francs CFA par an, soit environ 1 900 francs au quotidien. « En moyenne, un Béninois gagne aujourd’hui plus qu’un Nigérian », résume Jacques Dégbey, tout en rappelant qu’il s’agit d’une lecture statistique.
Mais comment expliquer ce renversement face à un géant économique comme le Nigeria, longtemps considéré comme la première puissance du continent ?L’analyste avance plusieurs facteurs. D’abord, la question démographique : avec plus de 200 millions d’habitants, le Nigeria voit sa richesse globale diluée lorsqu’on la rapporte à chaque individu. À l’inverse, le Bénin, avec une population beaucoup plus faible, bénéficie d’un effet mécanique favorable.
Ensuite, la dynamique économique. Ces dernières années, le Bénin a maintenu un taux de croissance solide, porté par des investissements publics importants. Les chantiers d’infrastructures routes, port de Cotonou, zones industrielles ont contribué à stimuler l’activité et à attirer des investisseurs.
Autre élément clé : les réformes structurelles. La modernisation de l’administration, la digitalisation des services publics et les efforts engagés dans la lutte contre la corruption ont permis d’assainir le climat des affaires. « Cela renforce la confiance et améliore la productivité globale », souligne Jacques Dégbey.
En face, le Nigeria fait face à plusieurs défis : dépendance au pétrole, instabilité monétaire, inflation élevée et pressions sécuritaires dans certaines régions. Autant de facteurs qui freinent la croissance réelle et impactent le niveau de vie moyen. Pour autant, l’expert appelle à relativiser : « Le Nigeria reste une économie beaucoup plus puissante en valeur absolue. Le Bénin ne joue pas dans la même catégorie en termes de volume ».
Le PIB global nigérian demeure largement supérieur, ce qui explique sa position parmi les premières économies africaines. Au final, cette progression du Bénin en PIB par habitant traduit une amélioration des performances économiques et de la gouvernance. Une dynamique encourageante, même si le défi reste entier : transformer cette moyenne statistique en amélioration concrète du quotidien pour l’ensemble des populations.









