À peine le rideau tombé sur le cycle électoral de 2026, l’heure est au bilan pour les instances de régulation. Le président de l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias (Odem), Vital Ahotondji, a analysé la prestation de la presse béninoise. Si le satisfecit est global pour la préservation de la cohésion sociale, l’instance d’autorégulation pointe du doigt un manque criant de profondeur dans les débats et l’absence des médias dans les projets de société des candidats.
D’entrée de jeu, Vital Ahotondji a tenu à féliciter les journalistes pour leur sens de la responsabilité. Grâce à un travail de préparation en amont, notamment le toilettage du code de déontologie intégrant le numérique et l’édition d’un guide électoral, la presse a su éviter les pièges de la division. « Nous avons travaillé pour que la presse ne soit pas cette poudrière qui apporte le feu à la nation », a-t-il affirmé. Selon lui, les médias ont joué un rôle clé en informant les citoyens, aussi bien en français qu’en langues nationales, garantissant ainsi une certaine stabilité durant les scrutins de janvier et d’avril.
Malgré ce bilan positif sur la forme, le président de l’Odem regrette un manque de substance. Il déplore que la presse se soit contentée de relayer les discours sans confrontation d’experts ni état des lieux rigoureux des enjeux de développement comme l’eau, l’éducation ou la santé. « On n’a pas eu de grands débats sur les questions de fond… on a vu la presse s’attarder sur des petits conflits », a-t-il fustigé. Plus grave encore, le « péché mignon » de la profession reste, selon lui, la diffamation et les accusations gratuites, souvent alimentées par un manque de recul face à la désinformation.
L’un des obstacles majeurs relevés lors de cette période électorale demeure la difficulté d’accès aux sources. Vital Ahotondji dénonce une forme d’autocensure, tant au niveau des journalistes que des cadres de l’administration. « L’absence d’information crée un vide, et donc crée la mésinformation », rappelle-t-il. Il invite les décideurs à s’approprier la loi sur l’accès à l’information, soulignant que le journaliste a besoin de données crédibles pour éclairer le public et aider à la prise de décision gouvernementale.
Le constat le plus amer concerne l’absence de vision des candidats pour le secteur des médias. Pour l’Odem, les journalistes eux-mêmes sont responsables de cette situation en ne portant pas suffisamment leurs propres revendications sur la place publique. Vital Ahotondji appelle à l’ouverture de débats sérieux sur le financement public, la fiscalité spécifique aux entreprises de presse et l’indépendance éditoriale. « Il n’y a pas de développement réel démocratique sans une information crédible », a-t-il conclu, exhortant le nouveau régime qui s’annonce à faire de la structuration de la presse une priorité centrale du prochain quinquennat.
Donatien Fernando Sowanou









