L’expert Issifou Chabi Mougnan a analysé la création du ministère des Petites et moyennes entreprises. Le fonctionnaire international a décrypté l’avenir de ce secteur stratégique national. Le spécialiste a partagé des propositions concrètes pour dynamiser l’économie locale et promouvoir efficacement l’emploi des jeunes.
Issifou Chabi Mougnan qualifie le choix du président Romuald Wadagni d’ « excellente décision » pour la structure de l’État. Pour lui, associer structurellement la gestion des Pme à la promotion de l’emploi est une réponse logique et pragmatique aux réalités économiques du terrain. L’expert rappelle que dans toute la littérature économique transnationale, les Pme sont reconnues comme de véritables « amortisseurs des tensions sociales ». Car elles ont la capacité unique de recruter dans les environnements où évoluent des personnes fragiles ou initialement délaissées.
Au Bénin, les chiffres parlent d’eux-mêmes : ces entreprises génèrent à elles seules 95 % des emplois. Soutenir les Pme revient donc, de fait, à soutenir directement l’emploi des Béninois. Bien que particulièrement dynamiques et résilientes, les Pme béninoises continuent de porter de lourdes contraintes sur leurs épaules. Selon l’analyse du Dr Issifou Chabi Mougnan, ces obstacles s’articulent autour de quatre piliers majeurs. Le premier concerne les encombrements administratifs, notamment les barrières liées à l’accès aux marchés publics et la lourdeur des papiers à mobiliser, face à un secteur informel qui pèse encore environ 85 %.
Le deuxième défi, et sans doute le plus crucial, reste l’accès au financement. Les banques considèrent trop souvent les Pme comme des entités à risque, exigeant des garanties hors de portée. De plus, le taux d’intérêt au niveau de la sous-région, qui culmine autour de 8,75 % contre seulement 3,50 % en Europe, étrangle l’investissement.
Le troisième frein identifié par le spécialiste réside dans les fragilités internes des PME elles-mêmes, qui peinent à adopter des principes de gouvernance répondant aux normes internationales, à l’instar d’organes de décision clairs, de conseils d’administration ou de systèmes de traçabilité des opérations. Enfin, le quatrième pilier est d’ordre informationnel. Contre toute attente, le grand problème des entrepreneurs béninois reste l’accès à l’information.
Beaucoup d’entre eux ignorent les opportunités, les fonds et les dispositifs d’appui que les pouvoirs publics mettent pourtant à leur disposition. Face à ce constat, le Dr Issifou Chabi Mougnan préconise une massification et une consolidation des efforts déjà entamés par l’Agence de développement des Pme ou la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin.
Pour que ce nouveau ministère réussisse sa mission, il exhorte les autorités à décentraliser l’information en nommant des points focaux et des relais communautaires dans chaque département, capables de communiquer dans les langues locales sur les radios de proximité..L’avenir des PME béninoises, et par ricochet celui de la jeunesse, se jouera sur cette capacité à briser l’isolement des entrepreneurs.








