Le Professeur Ibrahim Kimto, enseignant d’Université au Tchad, s’est prononcé sur l’état actuel du panafricanisme et sa contribution potentielle au développement du continent. À travers une analyse rigoureuse, l’universitaire défend un panafricanisme d’action et critique l’inadéquation des modèles économiques actuels, tout en proposant des pistes concrètes pour l’intégration et l’indépendance de l’Afrique.
Pour l’universitaire, le panafricanisme vit une période de réveil, catalysée par les récents événements politiques au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Ces mutations redonnent de l’élan à un idéal longtemps en quête d’un ancrage étatique concret pour se déployer. Face aux interrogations sur une posture de rejet de l’autre que manifesteraient ces pays, l’enseignant récuse cette lecture. Il s’agit selon lui d’une incompréhension plutôt que d’un rejet de l’étranger. Saluant les démarches diplomatiques du président béninois auprès de ses homologues de la région, l’invité souligne que cette dynamique d’intégration ne peut se faire sans le Bénin, véritable porte d’entrée et carrefour des richesses.
Prônant un panafricanisme pragmatique, l’universitaire rappelle les quatre priorités historiques définies dès 1963 par la Charte de l’Unité Africaine, à savoir la citoyenneté africaine, la diplomatie, la défense commune et la création d’une monnaie unique, cette dernière étant le socle indispensable au financement des institutions et des projets de recherche. Le rôle stratégique de la diaspora, intégrée en 2007 comme la sixième région de l’Afrique en raison de son apport financier majeur pour le développement et la scolarisation, est également mis en avant.
Sur le plan économique, le chercheur déplore que les gouvernements peinent à canaliser les expertises locales. Il préconise la mise en œuvre d’emprunts nationaux pour mobiliser les ressources financières internes et s’affranchir de l’endettement extérieur. Cette stratégie permettrait de lever des fonds importants au Bénin afin de financer de petites technologies et d’implanter des unités industrielles de transformation. Les citoyens, en devenant actionnaires de ces structures via un système boursier évaluant la performance des entreprises, participeraient activement à la création d’emplois pour la jeunesse.
L’universitaire insiste par ailleurs sur la nécessité d’appliquer des règles de gouvernance basées sur trois lois mathématiques équilibrant le budget de la ménagère, la performance de l’entreprise et l’action de l’État. En période de crise ou d’inflation alimentaire, l’État doit disposer de mécanismes d’intervention, tels que des réductions fiscales ou des subventions, pour soutenir le panier de la ménagère. À cet effet, un projet de logiciel est en cours de développement avec plusieurs universités africaines et internationales pour calculer le produit intérieur brut chaque trimestre, remédiant ainsi au retard de validation qui caractérise actuellement la zone franc.
La refonte des systèmes éducatifs constitue un axe majeur de la réflexion du Professeur Kimto, qui dénonce l’inadéquation des formations pointée par l’Unesco. Il critique l’enseignement d’une science économique déconnectée des réalités locales, qui omet d’intégrer la matière première dans les fonctions de production ou qui ignore l’histoire monétaire et commerciale du continent, notamment l’usage historique des cauris. Pour inverser cette tendance, l’enseignant appelle à l’introduction de l’économie anthropologique dans les universités afin de l’adapter aux besoins réels de développement de l’Afrique.
Un colloque international pour repenser l’économie africaine
En marge de ses réflexions sur les réformes structurelles du continent, l’enseignant-chercheur a mis en lumière l’organisation prochaine d’un colloque scientifique international d’envergure. Cet événement réunira des universitaires, des experts et des décideurs autour d’une ambition centrale : poser les bases théoriques et pratiques d’une économie véritablement adaptée aux réalités africaines.
Ce rendez-vous académique sera notamment l’occasion de présenter les avancées du projet de logiciel trimestriel de calcul du PIB, développé en synergie avec plusieurs universités du continent et de la diaspora. Au-delà des outils techniques, les participants plancheront sur l’intégration de l’économie anthropologique dans les programmes d’enseignement supérieur.
Pour l’universitaire, ce colloque doit marquer un point de rupture avec les modèles importés et s’imposer comme un laboratoire d’idées pour l’indépendance monétaire, la gouvernance locale et la valorisation des expertises endogènes de l’Afrique.









