Tout démocrate épris de paix, d’équilibre institutionnel et de stabilité ne pourrait pas ne pas insister là-dessus : la spontanéité dans la mobilisation de la force en attente de la CEDEAO, qui est venue en appui à ce qu’avaient entamé l’armée de l’air nigériane et les forces armées béninoises contre les acteurs du 07 décembre dernier à Cotonou, est fort louable. L’un des principes de salut et de pérennité d’un groupe est sa capacité à voler au secours d’un membre dans le besoin. On ne reste pas avec des amis qui ne savent quoi faire en temps de difficulté, conseille la sagesse au sud du Bénin. C’est évident qu’on n’y croyait plus, au regard des hésitations, des atermoiements et des communiqués monotones de l’institution ces dernières années face à des situations de crise, qui se sont pourtant multipliées sans visiblement jamais lui fournir l’expérience de la réaction et de l’anticipation. Niamey, Ouagadougou et Bamako en sont même arrivés à nous faire penser que les exploits de Freetown et de Monrovia (et peut-être, plus proche de nous, de Banjul) étaient des traces de lucioles au milieu de la longue nuit de terreur imposée à l’Afrique démocratique : heureusement (ou malheureusement) qu’il y a eu Cotonou…pour que la dynamique reprenne. Qui veut la paix prépare la guerre, en effet !
C’est donc très bien d’intervenir et de maintenir l’ordre constitutionnel et institutionnel. Face à la faiblesse matérielle, technique et de compétences des armées nationales, et vu la floraison des groupes armés dans la sous-région et les enjeux géostratégiques qu’inspire cette partie du continent, c’est au-delà d’un impératif urgent qu’il y ait un mécanisme automatisé d’intervention rapide de la force en attente de la CEDEAO.
L’évidence est là. Les dictatures civiles sont de plus en plus sanglantes, de plus en plus meurtrières : les marches pacifiques réprimées avec violences, les opposants persécutés et forcés à l’exil, ou condamnés par la justice à de lourdes peines…sont autant de violences qui meurtrissent les peuples. Il faut dépoussiérer le Protocole A/SP1/12/01 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance, additionnel au Protocole relatif au Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des Conflits, de Maintien de la Paix et de la Sécurité. Le blocage de 2015 ne peut pas être une fatalité. D’ailleurs, les crises engendrées par des présidents accrochés au pouvoir se sont multiplié de plus belle, comme en pied de nez à ces organisations de la société civile qui y avaient cru jusque-là. La CEDEAO doit trouver un moyen (force en attente ? autorité civile ou morale en faction ?) face à l’hyperpuissance des présidents africains, et leur envie boulimique de contrôler toutes les institutions, quitte à créer un attelage qui biaise l’équilibre et le jeu démocratique, isole ou même réprime les voix dissonantes et installent la frustration.
Mais dans le même temps, si la force en question, ou l’institution, ne trouve pas les moyens de contrer aussi les jonglages politico-constitutionnels à la togolaise, ou les combinaisons politiques PMU à l’ivoirienne, elle apparaitrait non plus comme une organisation des peuples mais plutôt un bouclier solide pour les présidents en exercice, et une carte blanche pour tout faire. S’il est clair qu’il faut à tout prix éradiquer toute possibilité d’avènement de régimes militaires à la tête des pays en Afrique de l’Ouest, il est tout aussi impérieux de travailler à éviter la prospérité de petit dictateurs civils qui se prennent pour des demi-dieux et qui s’éternisent au pouvoir.
Il est donc autant nécessaire de lutter farouchement contre les coups de forces militaires que de trouver un moyen d’éviter de ‘’petits dieux’’ à la tête de nos Etats. Sans quoi, les populations auront toujours le sentiment, et il est de plus en plus prononcé, qu’elle (la CEDEAO) est une institution qui protège bien plus les dirigeants qu’il ne promeuve le bonheur « des peuples ».
Dr Thanguy AGOI
Journaliste









