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Enseignement supérieur et recherche scientifique en Afrique : La politique de la Guinée ne plait pas à tout le monde

C’est une vérité de Lapalisse ! L’éducation de manière générale en Afrique est loin d’être à la hauteur des défis actuels et futurs des pays sur le continent. Le cas de l’enseignement supérieur est encore plus criant, où les besoins en matière de profil, de diplômes et de nombre, exposent à de graves conséquences pour le devenir de ces Etats dans la droite ligne des politiques de développement.

La Guinée Conakry prend le taureau par les cornes

Alors que tout le monde a le regard sur le volet politique et les actions à polémiques, dangereuses pour la pérennité de la démocratie dans ce pays traumatisé par des années de dictatures militaires et de prises de pouvoir par les armes, entreprises par le pouvoir en place, une politique au plan éducatif est mise en œuvre. Il s’agit d’un grand projet de restructuration et de réadaptation des contenus de formations et des profils des enseignants et des diplômés, aux normes internationales. A cet effet, de vastes campagnes de recrutement d’enseignants pour les universités sont alors lancées, avec déjà bouclées, plusieurs vagues de cadres retenus. Pour diversifier ce personnel et disposer de la qualité requise, Conakry a décidé d’ouvrir ses recrutements aux profils étrangers. Ainsi, des universitaires ivoiriens, sénégalais et surtout béninois, ont été retenus pour enseigner diverses spécialités, notamment dans les sciences techniques, technologiques, humaines et sociales.

Bénin : des départs massifs….dans l’indifférence

Même si au Bénin, il y a une politique de restructuration de l’éducation nationale, elle n’est ni de la taille ni de la dynamique guinéenne. Depuis 2016, le gouvernement Talon a fait l’option, de ‘’mettre au moins un enseignant’’ dans chaque salle de classe pour répondre à la grave pénurie de personnel mais en même temps aussi, veiller à la qualité et au profil de ceux qui doivent aller dispenser le savoir. Pour y arriver, il a créé et promu depuis lors, une nouvelle catégorie d’enseignant, les Aspirants au métier d’enseignement (AME) dont le statut et les conditions sont largement critiqués. Mais le gouvernement se félicite de résorber tout au moins, le problème de pénurie. Cette initiative, au départ mise en œuvre au niveau des deux premiers ordres de l’enseignement, a été élargie au niveau supérieur où se posent aussi les mêmes problèmes. C’est dans ces conditions que l’offre guinéenne a été perçue par de nombreux universitaires sans situation administrative, comme l’aubaine du siècle. Beaucoup ont donc postulé, et ont d’ailleurs été retenus en masse. Le Bénin a été le premier réservoir à fournir à la Guinée, la plus grande colonie d’enseignants étrangers retenus. Sur les trois cents (300) de recrutements opérés, cent-seize (116) sont de nationalité béninoise. Ils sont suivis de près par le Sénégal avec une soixantaine de têtes pensantes retenues. Bien d’autres nationalités comptent parmi les recrues.

A Dakar, on s’irrite au sujet de ces ‘’débauchages intellectuels’’.

Dans une note adressée aux responsables des universités touchées, le ministère de l’enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Sénégal a cherché à connaitre la situation réelle après la vague de recrutement guinée. D’après, le média en ligne Seneweb, le Pr Daouda Ngom, a trouvé la situation « préoccupante » et juridiquement problématique. Les enseignants concernés sont, pour la plupart, liés par des contrats exclusifs avec l’État du Sénégal, ce qui rend leur engagement simultané dans une autre fonction publique étrangère incompatible avec leur statut. L’entreprise dérange d’autant plus à Dakar, parce que ceux qui sont concernés par ce départ sont dans une situation de responsabilité ou de niveau académique important. Il y a en effet, et selon Seneweb, « neuf (09) professeurs titulaires, six (06) professeurs assimilés et trois (0)3 maîtres de conférences titulaires, dont certains dirigent des Unités de formation et de recherche (UFR) ou des écoles doctorales ».

Pour l’État, c’est clair : il faut choisir

Alors que le choix de ces enseignants est soutenu par la perspective de pouvoir garder les deux contrats, l’autorité a été claire. Il faut choisir entre servir son pays ou aller à Conakry. Une décision qui vise à sauver un personnel expérimenté, qui soutient une administration efficace. Mais cette prise de position risque d’être mal perçue à Conakry dont le besoin de cadre pour relancer son enseignement supérieur est réel et pressant. Dans ce contexte, la solution diplomatique semble aux yeux de certains l’option à privilégier pour éviter des difficultés de compréhension et d’interprétations qui pourraient affecter les relations entre les deux pays.

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