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Consommer local au Bénin : les prix, l’autre défi du Made in Benin

À Cotonou, la 7ᵉ édition du Mois du Consommons local a réuni 75 exposants au marché PK3, du 20 au 24 octobre 2026. Entre patriotisme économique, préoccupations sanitaires et pouvoir d’achat, les témoignages recueillis par Inf’au Zénith rappellent que la promotion des produits béninois doit aussi passer par des prix accessibles.

Le Made in Benin veut gagner sa place dans les habitudes des consommateurs. Mais entre la volonté de soutenir les producteurs nationaux et les contraintes du quotidien, le choix du local n’est pas toujours évident. Au marché PK3 de Cotonou, où 75 exposants ont présenté leurs produits pendant cinq jours, la 7ᵉ édition du Mois du Consommons local a remis au centre du débat une question essentielle : comment transformer l’adhésion au discours en achats réguliers ?

Lancée officiellement le 21 octobre pour cette phase départementale, la foire s’inscrit dans le thème « Consommer local pour un bénéfice profond économiquement ». Vêtements, produits agroalimentaires, huiles et cosmétiques artisanaux ont notamment permis aux visiteurs de découvrir la diversité de l’offre nationale. Les autorités ont insisté sur le soutien aux producteurs, la création d’emplois et la valorisation du savoir-faire béninois. Pour autant, la visibilité ne garantit pas automatiquement les ventes.

Des ambitions économiques confrontées au panier des ménages

Au lancement, Irène Françoise Béhanzin, troisième adjointe au maire de Cotonou, a rappelé que « notre indépendance et notre résilience économique se construisent d’abord dans nos assiettes, dans nos habitudes vestimentaires et dans l’utilisation quotidienne de nos propres ressources ».

Le directeur départemental du Commerce intérieur, Fernando José Gomez, a, lui aussi, défendu la production locale. Il a souligné que la souveraineté économique se construit dans les ateliers, les exploitations agricoles et les unités de transformation. Le préfet du Littoral, Gilbert Déou Malè, a encouragé les producteurs, tandis que Benjamin Alanmènou, représentant la ministre du Commerce intérieur, a appelé à faire de l’achat béninois un acte durable de patriotisme économique.

Toutefois, l’argument économique doit convaincre les ménages au-delà des discours. Lorsque certains produits artisanaux, textiles ou cosmétiques affichent des prix équivalents, voire supérieurs à ceux des produits importés, la qualité et la traçabilité doivent être clairement expliquées. La préférence nationale ne peut durablement reposer sur la seule fierté : elle doit aussi répondre aux attentes des consommateurs.

À Cotonou, les consommateurs posent la question des prix

Dans le micro-trottoir réalisé par la rédaction d’Inf’au Zénith, Sèdami, revendeuse rencontrée dans le feu de Sainte-Rita, reconnaît l’intérêt de l’initiative, mais exprime une réserve concrète : « Pour moi, le “Consommons local”, c’est une très bonne chose pour la santé parce qu’on sait d’où viennent les aliments, mais en tant que commerçante, je me demande toujours si les prix pratiqués là-bas sont accessibles pour le citoyen lambda qui cherche juste à nourrir sa famille au quotidien. »

Marc, cadre dans une structure de la place, partage cette préoccupation sous un autre angle. « Chaque franc CFA qu’on dépense dans du riz de Glazoué ou de l’huile locale, c’est de l’argent qui reste au Bénin au lieu de financer des importations », estime-t-il. Il plaide toutefois pour une disponibilité permanente des produits dans les commerces de quartier, plutôt que lors des seules foires.

De Ganhi à PK3, une promotion à inscrire dans la durée

En 2025, la sixième édition avait notamment mobilisé 80 exposants pour le marché national d’exposition-vente, avec des animations, des rencontres professionnelles et des activités consacrées aux filières locales. En 2026, la foire départementale de PK3 a réuni 75 exposants dans un format resserré, au cœur d’un marché urbain. Cette comparaison traduit surtout deux échelles d’exposition différentes, et non une baisse démontrée de l’intérêt pour les produits béninois.

Le défi reste désormais de prolonger l’expérience au-delà d’octobre. Des prix compétitifs, une qualité contrôlée, une distribution de proximité et une meilleure information des acheteurs seront déterminants. Car consommer local ne doit pas être un geste exceptionnel : il faut que ce soit un choix possible, pratique et abordable chaque jour.

Firmin DANNON

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