La décision de Conakry de mettre fin à l’orpaillage illégal dans le nord-est du pays provoque des tensions avec le Burkina Faso. Depuis le 2 novembre 2026, des milliers de travailleurs étrangers, majoritairement burkinabè, ont quitté la région aurifère de Siguiri. Réfugiés au Mali après les opérations menées par les autorités guinéennes, ils sont désormais au centre d’un différend entre Conakry et Ouagadougou. Deux pays voisins qui défendent des lectures radicalement différentes de cette opération.
À Bamako, la colère burkinabè est clairement affichée. En déplacement dans la capitale malienne pour rencontrer ses compatriotes, le ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, a vivement critiqué les méthodes employées par les autorités guinéennes. Il a qualifié l’opération de « fort déplorable et regrettable », dénonçant également un « traitement cruel, inhumain et dégradant » infligé aux ressortissants de son pays.
Pour Ouagadougou, ces départs ne relèvent pas d’une simple opération de contrôle administratif. Le gouvernement burkinabè considère qu’il s’agit d’une expulsion massive de ses citoyens, dont beaucoup vivaient de l’exploitation artisanale de l’or. La mobilisation de bus venus du Burkina Faso à Bamako, dès jeudi 5 novembre, traduit la volonté des autorités d’organiser leur retour. Cette intervention humanitaire et logistique vise aussi à éviter que ces travailleurs, déjà fragilisés par leur départ précipité, ne restent sans assistance.
Conakry invoque la protection de l’environnement
La version guinéenne est tout autre. Dans un communiqué conjoint signé par cinq ministères, les autorités présentent cette opération comme une mesure destinée à mettre fin à l’exploitation anarchique des ressources aurifères. À Siguiri, l’orpaillage clandestin constitue une source importante de dégradation environnementale. Les autorités dénoncent notamment la pollution du fleuve Niger et de ses affluents, ainsi que les conséquences des pratiques d’extraction incontrôlées sur les terres et les ressources en eau.
Pour faire appliquer l’interdiction, Conakry a renforcé le dispositif sécuritaire dans cette zone minière. Les forces de l’ordre procèdent notamment à des contrôles d’identité et vérifient la régularité du séjour des personnes présentes sur les sites d’exploitation. Une démarche que le gouvernement guinéen considère comme nécessaire pour rétablir l’ordre et protéger le patrimoine naturel.
Un enjeu qui dépasse les frontières
Au-delà du différend entre les deux capitales, cette affaire révèle les difficultés liées à la gestion des activités minières artisanales en Afrique de l’Ouest. L’exploitation de l’or fait vivre de nombreuses familles, mais son développement incontrôlé entraîne des dégâts environnementaux et favorise les tensions autour des ressources naturelles.
La question reste désormais celle de la conciliation entre la souveraineté de la Guinée, le respect des droits des travailleurs étrangers et la protection de l’environnement. Sans dialogue entre Conakry et Ouagadougou, cette opération pourrait fragiliser davantage les relations entre deux pays déjà confrontés à d’importants défis régionaux.
Firmin DANNON









