Vision Bénin 2060 Alafia

Les analyses du syndicaliste Codjo Hinlin de la Cosi-Bénin

Lancé il y a un peu plus d’une semaine à Cotonou, le document Vision Bénin 2060 Alafia, un monde de splendeurs, est objet de beaucoup de curiosités et d’appréciations diverses. Un peu comme Codjo Hinlin, Secrétaire Général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (COSI-Bénin), reçu sur Actu matin de Canal3 Bénin mardi.

Un document de planification pour éviter la navigation à vue

C’est le premier sentiment du syndicaliste : l’idée d’une projection sur plusieurs décennies, du développement du Bénin, est une très bonne chose. « Qui ne planifie rien planifie son échec. Dans toute entreprise, dans tout ce que l’on fait, il faut un minimum de planification, avoir une idée précise de là où on veut aller et de comment on veut y aller. Donc, c’est une bonne chose que de penser à la planification stratégique du développement du Bénin. » Mais si le syndicaliste salue cette démarche du gouvernement, qui évite désormais aux décideurs publics et politiques, la navigation à vue comme par le passé, l’invité de Thanguy AGOI a attiré l’attention sur une précédente expérience de planification qui n’a pas du tout été satisfaisante. Il s’agit précisément de Bénin Alafia 2025 qui n’a pas du tout eu l’attention des dirigeants du Bénin entre 2000 et 2025. C’est pourquoi, même s’il est optimisme avec le nouveau document, il a préféré garder une lucidité, en appelant à une réelle action pour atteindre l’objectif.

Un réalisme dans le diagnostic de l’état actuel de l’école béninoise

S’il y a un secteur dans lequel la COSI-Bénin est très actif et dispose de nombreux syndicats, c’est celui de l’éducation. C’est d’ailleurs pourquoi, le Secrétaire Général a fait attention à ce qu’en dit le document de planification, qui constate précisément qu’elle (l’école) est sujette à une forte dépendance du financement extérieur. « Cela veut juste dire que c’est l’école coloniale, que nous avons reçue du colon avant les indépendances que nous perpétuons. Ce qui veut dire que cette école ne nous appartient pas et ne nous ressemble pas. Il faut financer l’école sur le budget national essentiellement. Et c’est en cela que le document de planification semble se contredire puisqu’en dépit de cette dépendance dangereuse vis-à-vis de l’extérieur, reconnue à l’étape de diagnostic, la vision présente la disponibilité des partenaires techniques et financiers comme premier atout pour construire l’école de demain », a analysé l’enseignant devenu syndicaliste.

Pour l’école de demain, une formation technique et professionnelle certes mais….

Si Codjo Hinlin est entièrement d’accord qu’il faut axer l’éducation des prochaines générations sur la formation technique et professionnelle, il craint bien que cela se fasse comme actuellement, pour finalement conduire à la fabrication de profils de Béninois qui ne sont pas en adéquation avec les réalités de leur temps. « Prenez la formation en mécanique par exemple, il est vrai que des améliorations du contenu sont en cours d’intégration mais on a des jeunes formés sur des moteurs qui ne sont plus d’actualité. On ne peut plus former des gens sur des moteurs à carburateur pendant qu’on a des quatre temps, et même des moteurs électriques. Cela pose un problème. Mieux, les jeunes sont formés sur des réalités d’ailleurs et d’autres époques. On parle encore de falaises françaises à des apprenants béninois au lieu de leur apprendre un peu plus au sujet de l’argile et de ses valeurs afin de leur permettre de comprendre qu’on peut s’en servir pour en faire des matériaux solides de construction plutôt que de les importer. On ne peut pas comprendre qu’on enseigne encore la première et la deuxième guerre mondiales alors même que les acteurs qui ont provoqué ce cataclysme humain n’enseignent même plus cela à leurs enfants, cela doit faire réfléchir. Il faut enseigner la ferté nationale, les gloires nationales ».

Pour Codjo Hinlin, si la démarche qui consiste à projeter le Bénin sur plusieurs décennies et louable parce qu’elle permet d’anticiper, il faut y associer la démarche, le sacrifice et les valeurs essentielles qu’il faut pour y arriver. Et cela passe nécessairement par une bonne éducation, c’est pourquoi le syndicaliste a vivement souhaité que les prochains gouvernements mettent le plus de moyens possibles dans la construction de l’école béninoise, en refusant l’aide extérieure ou étrangère.

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