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Libertés syndicales et réformes: « On a arraché le confort du travailleur », martèle Codjo Hinlin, Secrétaire Générâl de la Cosi-Bénin

Trois décennies après l’avènement du renouveau démocratique de 1990, le mouvement syndical béninois semble à la croisée des chemins. Entre réformes législatives restrictives et nécessité de recomposition, les travailleurs s’interrogent sur l’efficacité de leur défense. Reçu sur le plateau de Canal 3 Bénin dimanche 1er mars 2026, Codjo Hinlin, Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes (Cosi-Bénin), livre une analyse sans concession sur l’état des libertés syndicales et l’avenir de la lutte au Bénin.

Le regard porté par le leader syndical sur l’évolution des libertés depuis 1990 est teinté d’amertume. S’il reconnaît une progression globale, Codjo Hinlin qualifie ce parcours de trajectoire « en dents de scie ». Pour lui, les acquis de la Conférence nationale, qui consacraient la liberté absolue de défendre ses droits par l’action syndicale, sont aujourd’hui érodés. « On ne peut pas dire que les acquis ont été consolidés », martèle-t-il, pointant du doigt des décisions législatives ayant « arraché le droit d’exercice syndical à certains travailleurs ». Toutefois, il concède une avancée notable : la restructuration forcée du paysage syndical. Les élections professionnelles ont poussé les petites organisations à se coaliser, créant des ensembles plus vastes et, potentiellement, plus forts.

Le diagnostic de l’actuel mouvement syndical est cependant préoccupant. Le Secrétaire Général de la Cosi-Bénin affirme que le syndicalisme « ne se porte pas très bien ». Il dénonce un arsenal juridique qu’il juge liberticide. Il cite en exemple l’interdiction d’attroupements, la répression de marches pacifiques et limitation drastique du droit de grève à 10 jours par an dans des secteurs clés. Codjo Hinlin fustige particulièrement les réformes sur l’embauche qui, selon lui, créent un déséquilibre flagrant en faveur de l’employeur.

Concernant le dialogue social, l’invité de Canal 3 dénonce un glissement vers le « formalisme ». Bien que des discussions existent entre le gouvernement et les centrales, Codjo Hinlin regrette qu’elles ne débouchent pas sur des résolutions effectives. « Nous dialoguons, mais nous faisons un dialogue qui ne permet pas de régler les problèmes des travailleurs », explique-t-il, évoquant une frustration croissante à la base. Il lance un appel solennel aux dirigeants. Pour lui sans un dialogue social sincère et respectueux, le risque est de voir les travailleurs, déçus par leurs propres leaders ou par le système, s’organiser de manière sauvage pour « en découdre » avec leurs employeurs, menaçant ainsi l’outil de production.

Malgré ce tableau sombre, Codjo Hinlin reste « très optimiste » pour l’avenir. Pour lui, le syndicalisme est immortel tant qu’il y aura des « travailleurs maltraités ou frustrés ». Il voit dans la phase actuelle un vent passager et assure que le syndicat, en tant que « gardien du temple de la démocratie », retrouvera son plein potentiel.

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