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Soft power culturel : l’envolée des talents béninois à l’international, reflet d’une industrie en pleine mutation

Des podiums des grands concours internationaux jusqu’aux trottoirs mythiques de Los Angeles, la musique béninoise vit un âge d’or sans précédent. Le sacre historique d’Angélique Kidjo sur le Hollywood Walk of Fame, la consécration de Opa au Prix découvertes Rfi ou encore le parcours remarqué de Saara dans l’émission The Voice sans oublier l’African Music Academyd’une témoignent de la vitalité artistique débordante. Mais au-delà du prestige des trophées, quelle est la réalité de l’écosystème musical béninois ? Et comment la structuration progressive des industries créatives accompagne-t-elle cette conquête des scènes mondiales ? Analyse.

L’actualité récente met en lumière la diversité et la complémentarité des générations d’artistes béninois. Avec son étoile à Hollywood, Angélique Kidjo incarne le sommet du soft power béninois. Elle demeure la figure de proue qui ouvre la voie et crédibilise la création artistique nationale aux yeux des majors et des instances mondiales. La consécration de Opa à travers le Prix découvertes Rfi démontre la capacité des jeunes créateurs béninois à renouveler les genres, en fusionnant rythmes patrimoniaux et sonorités urbaines modernes. Les performances de voix exceptionnelles comme Saara sur des plateformes à forte audience internationale (The voice) prouvent que le vivier vocal béninois possède tous les attributs pour séduire les publics du monde entier.

Le nom du Bénin a de nouveau résonné à l’international en fin de semaine le vendredi 20 avec la consécration de quatre talents béninois à l’African Music Academy 2026. Ignace Don Métok, lauréat régional Afrique de l’Ouest dans la catégorie Auteur. Dossi la Princesse, lauréate régionale Afrique de l’Ouest dans la catégorie Compositeur. Fifi Fender, lauréat régional Afrique de l’Ouest et lauréat global dans la catégorie Musicien. Et Carlos Codjovi, lauréat national dans la catégorie Producteur. « En l’espace de quelques jours, des scènes africaines aux plus grandes distinctions internationales, plusieurs générations et plusieurs expressions de la création musicale béninoise ont porté haut les couleurs du pays. Le Bénin chante. Le Bénin crée. Le Bénin rayonne » a écrit le ministère de la culture sur sa page Facebook.

Un écosystème national en phase de structuration


Si ces réussites individuelles font la fierté de toute une nation, elles sont aussi le fruit d’un écosystème local qui se transforme pour offrir un cadre plus professionnel à ses créateurs. L’engagement des pouvoirs publics et les réformes sectorielles est « sans faille ». Le gouvernement béninois a érigé la culture et les arts en piliers de son développement économique et de sa diplomatie d’influence. La mise en place du statut de l’artiste, la modernisation du Bureau béninois du droit d’auteur et des droits voisins (Bubedra) et la création du Quartier culturel et créatif (Qcc) à Cotonou participent à la professionnalisation de la filière. L’émergence d’un réseau privé d’accompagnement n’en demeure pas non moins importante. Producteurs, managers, éditeurs et ingénieurs du son locaux montent en compétence. La multiplication des studios d’enregistrement modernes, des festivals de niveau international et des résidences de création permet aux talents d’affûter leurs œuvres avant de les projeter sur le marché mondial.

Les défis pour pérenniser l’impact économique


Pour transformer ces victoires symboliques en un véritable moteur économique durable, l’industrie culturelle béninoise doit encore relever plusieurs défis majeurs. La monétisation et la distribution numérique priment. Il faut faciliter l’accès aux plateformes de streaming pour permettre aux artistes locaux de percevoir équitablement le fruit de leurs écoutes à l’international. On doit développer des mécanismes de crédit adaptés aux industries culturelles et créatives (Icc) pour financer les productions audio-visuelles et la circulation des artistes. La formation aux métiers de l’ombre compte à plus 50%. Il s’agit de renforcer l’offre de formation pour les régisseurs, agents, juristes du droit d’auteur et attachés de presse, indispensables à la consolidation des carrières.

En inscrivant ses artistes sur la carte mondiale du divertissement, le Bénin confirme que son patrimoine musical n’est pas seulement un précieux héritage du passé, mais une force vive du présent, capable de porter le soft power africain au sommet de la culture globale.

Donatien Fernando SOWANOU

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