La rentrée scolaire 2026-2027 a démarré dans plusieurs établissements du Nord du Bénin avec une reprise effective des cours. Mais derrière cette rentrée plutôt encourageante se cachent des réalités contrastées : attentes des AME, manque d’infrastructures, éloignement des établissements et nécessité de mieux valoriser certaines disciplines. À Kandi comme à Kouandé, deux enseignants témoignent.
La cloche a sonné et les salles de classe ont retrouvé leurs occupants. Pour cette rentrée scolaire 2026-2027, le constat est plutôt rassurant dans les établissements visités dans le Nord du Bénin. Les cours ont effectivement commencé dès le premier jour, rompant avec une certaine tradition de rentrée consacrée davantage aux inscriptions et aux retrouvailles qu’aux apprentissages.
Mais cette reprise ne suffit pas à masquer les difficultés qui persistent sur le terrain. Entre les attentes liées au statut des Aspirants au métier d’enseignant (AME), les besoins en infrastructures scolaires et les conditions parfois difficiles d’exercice du métier, la nouvelle année scolaire démarre avec plusieurs dossiers sur la table.
À Kandi, les cours démarrent sans attendre

Au Lycée technique et professionnel de Kandi, la rentrée s’est globalement bien déroulée. Même si tous les apprenants n’étaient pas encore présents, l’essentiel du dispositif pédagogique était déjà opérationnel.
« La première journée de la rentrée au Lycée technique et professionnel de Kandi s’est globalement bien déroulée, même si certains apprenants ne sont pas encore de retour », explique Isdeen Serge Suanon, enseignant de français dans cet établissement.
La présence des anciens apprenants dès les premières heures de la matinée constitue, selon lui, l’un des faits marquants de cette rentrée.
« Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est l’engouement des apprenants, surtout des anciens apprenants qui ont déjà fait leur arrivée à 7 heures du matin et qui se sont bien disposés dans les salles », témoigne-t-il.
Cette mobilisation est loin d’être anodine. Elle traduit une évolution positive dans la perception de la rentrée scolaire. Les apprenants semblent davantage disposés à reprendre rapidement les cours, pendant que les enseignants cherchent à éviter les pertes de temps du début d’année.
Le Lycée technique et professionnel de Kandi peut également s’appuyer sur les résultats obtenus au baccalauréat 2025-2026. L’établissement s’est notamment distingué avec le deuxième meilleur résultat national et les trois meilleurs résultats du département de l’Alibori, selon le témoignage de l’enseignant.
À Yaka-Bissi, le même engagement malgré les difficultés

Au CEG Yaka-Bissi, dans l’arrondissement de Birni, commune de Kouandé, le démarrage des cours a également été effectif.
Pour Chabi Boni Imorou, enseignant de sciences de la vie et de la terre et de mathématiques, cette situation marque une évolution appréciable.
« La rentrée a été réellement effective. Les pratiques ne sont plus comme à l’accoutumée où la première journée était vécue avec des balades de gauche à droite des apprenants », explique-t-il.
L’enseignant souligne le rôle de la pré-rentrée dans cette nouvelle dynamique. Les dispositions auraient été prises suffisamment tôt afin que les cours puissent démarrer dès le premier jour.
« Avec les apprenants de la 6e, j’ai réellement démarré les cours », précise-t-il.
Quelques absences ont certes été enregistrées. Mais la présence de la majorité des apprenants, déjà en tenue scolaire, apparaît comme un signe encourageant.
AME : l’espoir ne suffit plus
La question du statut des AME reste cependant l’un des sujets les plus sensibles de cette rentrée. La rencontre entre le chef de l’État et les représentants de cette catégorie d’enseignants a suscité de l’espoir, mais également une certaine prudence.
Chabi Boni Imorou, lui-même aspirant au métier de l’enseignement, accueille favorablement les annonces, mais refuse de considérer les décisions annoncées comme définitivement acquises.
« La nouvelle a été bien accueillie, sauf qu’on est toujours pessimiste. Cette rencontre n’est pas une première. Il y a eu toujours des rencontres, des annonces, mais cela est resté toujours une communication », déclare-t-il.
Le principal enjeu se trouve désormais dans la concrétisation des annonces. Pour les enseignants concernés, l’annonce d’une évolution du reversement vers l’intégration doit désormais être suivie de textes et d’un calendrier précis.
« On est passé de reversement acquis à l’intégration. C’est juste une annonce. On ne voit pas d’abord clairement et réellement la décision », insiste-t-il.
Cette prudence traduit une attente devenue très forte chez les AME : celle de voir les déclarations officielles se transformer en mesures concrètes. Après plusieurs années d’incertitudes, les enseignants concernés veulent désormais savoir quand et comment les décisions seront appliquées.
Les fonctionnaires aussi attendent des réponses
La situation des agents permanents de l’État n’est pas pour autant exempte de préoccupations. Isdeen Serge Suanon salue la rencontre entre le chef de l’État et les responsables des AME, qu’il considère comme un signe d’écoute.
« C’est un signal important qui montre que les préoccupations des enseignants, particulièrement celles des AME, sont prises en compte au plus haut niveau de l’État », estime-t-il.
Mais d’autres dossiers restent en attente chez les enseignants déjà fonctionnaires.
« Nous attendons encore les primes de rentrée qui ne sont pas encore là. Nous attendons encore les avenants pour ceux qui attendent leur retour en formation pour le CAPES », rappelle-t-il.
Cette situation montre que les préoccupations du monde éducatif ne se limitent pas au statut des AME. Les conditions de carrière, la formation continue et les différents avantages liés à la fonction restent également au cœur des attentes.
Sciences : l’intérêt progresse, les mathématiques résistent
Dans les salles de classe, un autre défi demeure : celui de l’intérêt des apprenants pour les différentes disciplines.
Selon Chabi Boni Imorou, les sciences de la vie et de la terre connaissent une évolution positive.
« Il y a tellement de progrès. Vous pouvez le constater à travers les résultats des différents examens », affirme-t-il.
Les réformes pédagogiques et l’action des corps de contrôle auraient contribué à rendre les sciences plus accessibles aux apprenants.
Mais les mathématiques restent plus difficiles à apprivoiser.
Pour l’enseignant, l’une des principales difficultés est liée à la perception que les élèves ont déjà de cette discipline.
« Les apprenants ont déjà ancré que les mathématiques sont difficiles. Quand déjà on se limite de cette manière, il y a une barrière psychologique », analyse-t-il.
Le problème n’est donc pas uniquement pédagogique. Il est aussi lié à la confiance. Lorsqu’un apprenant considère dès le départ qu’il ne pourra pas réussir en mathématiques, il risque de s’engager dans les apprentissages avec un handicap psychologique.
Au lycée technique, le français cherche sa place
Au Lycée technique et professionnel de Kandi, la situation du français est différente. Les apprenants accordent naturellement davantage d’importance aux matières techniques, qu’ils associent directement à leur future profession.
« Pour eux, le français leur paraît donc secondaire », constate Isdeen Serge Suanon.
Pourtant, cette matière reste indispensable dans le parcours professionnel. Comprendre une consigne, rédiger un rapport, communiquer avec un supérieur, présenter un projet ou défendre une idée exigent une bonne maîtrise de la langue.
L’enseignant veut donc rapprocher le français des réalités professionnelles.
« Notre objectif désormais est de faire comprendre aux apprenants que le français n’est pas seulement une matière scolaire, c’est un outil indispensable pour réussir dans leur vie professionnelle », souligne-t-il.
Cette approche pourrait contribuer à redonner du sens à une matière parfois considérée comme secondaire dans les établissements techniques.
À Yaka-Bissi, des élèves encore sous des paillotes
L’un des points les plus préoccupants soulevés au cours de l’entretien concerne les infrastructures scolaires.
Au CEG Yaka-Bissi, les besoins restent importants.
« Nous manquons de tables-bancs, nous manquons de salles de classe. Les apprenants sont sous paillotes là encore au CEG Yaka-Bissi », alerte Chabi Boni Imorou.
Le problème est loin d’être secondaire. Une école peut disposer d’enseignants motivés et d’élèves assidus, mais si les conditions matérielles ne suivent pas, la qualité des apprentissages reste forcément affectée.
L’appel lancé par l’enseignant s’adresse donc directement aux autorités. Il s’agit de permettre aux apprenants de travailler dans un environnement plus adapté et de donner aux enseignants les moyens d’accomplir leur mission dans de meilleures conditions.
Enseigner dans les zones reculées : le prix de l’engagement
À Yaka-Bissi, les difficultés ne concernent pas uniquement les salles de classe. L’isolement géographique a longtemps pesé sur la vie des enseignants.
Chabi Boni Imorou se souvient de son arrivée dans cette localité en 2019.
« Si vous êtes à Yaka-Bissi, vous êtes coupé du reste du monde. On ne peut pas vous joindre, vous ne pouvez joindre personne », raconte-t-il.
Depuis, la situation a évolué avec l’arrivée du réseau de télécommunication et de l’électricité. Mais l’état de la voie demeure un problème.
« L’état de la voie pour se rendre dans notre collège n’est pas praticable », déplore-t-il.
Au Lycée technique et professionnel de Kandi, la réalité est également marquée par l’éloignement. L’établissement se trouve dans l’arrondissement de Dongwari, dans une zone située à l’écart du centre-ville.
Plusieurs enseignants arrivés dans la région au fil des années ont finalement choisi de repartir vers le Sud.
Ceux qui sont restés revendiquent, eux, leur engagement.
« Nous sommes là, dévoués malgré tout ce qu’il y a comme difficultés dans un lycée aussi excentré, retiré. Nous faisons preuve de patriotisme », affirme Isdeen Serge Suanon.
Une rentrée, mais surtout des défis à relever
À travers ces deux témoignages, la rentrée scolaire 2026-2027 présente donc un visage contrasté. D’un côté, les cours ont démarré rapidement et l’engagement des enseignants et des apprenants est manifeste. De l’autre, les difficultés matérielles, professionnelles et géographiques demeurent.
Les deux enseignants affichent toutefois leur détermination. Isdeen Serge Suanon veut continuer à se former et à améliorer ses pratiques afin de rendre les apprenants davantage compétitifs sur le marché de l’emploi.
Chabi Boni Imorou, de son côté, entend améliorer les résultats et achever les programmes dans les délais.
Le défi est désormais de transformer cet engagement en résultats durables. Pour cela, les enseignants attendent davantage que des encouragements : des infrastructures adaptées, des conditions de travail améliorées et surtout la concrétisation des décisions annoncées pour les AME.
La rentrée est lancée. Dans les salles de classe de Kandi comme dans celles de Yaka-Bissi, les enseignants sont déjà à la tâche. Reste maintenant à savoir si les moyens suivront suffisamment pour permettre à l’école béninoise de tenir toutes ses promesses.
Firmin DANNON









