Au Bénin, toutes les écoles primaires publiques n’ont pas toujours été intégrées simultanément au Programme national d’alimentation scolaire intégré (PNASI). Le dispositif repose sur des critères précis destinés à identifier en priorité les établissements où la cantine peut avoir le plus grand impact sur la scolarisation, la fréquentation et le maintien des enfants à l’école.
Alors que le Gouvernement ambitionne désormais une couverture de 100 % des écoles primaires publiques, une question reste importante : quelles conditions permettent à une école de bénéficier d’une cantine scolaire ?
La pauvreté, premier élément de ciblage
La situation socio-économique de la zone constitue l’un des principaux éléments pris en compte dans le ciblage. Le programme accorde une attention particulière aux écoles implantées dans des communautés rurales ou défavorisées, où les familles peuvent rencontrer d’importantes difficultés pour assurer régulièrement l’alimentation des enfants.
Le niveau de pauvreté, l’insécurité alimentaire et certains indicateurs nutritionnels permettent ainsi d’identifier les zones où les besoins sont les plus importants. L’objectif est de faire du repas scolaire un soutien concret aux familles et, surtout, d’éviter que la faim ne constitue un obstacle à la fréquentation de l’école.
Cette approche permet de comprendre que la cantine scolaire n’est pas seulement une infrastructure destinée à préparer des repas. Elle constitue également un instrument de lutte contre les inégalités sociales.
Les difficultés de scolarisation prises en compte
Les indicateurs scolaires constituent un autre volet important du ciblage. Le programme prend notamment en considération la situation des écoles confrontées à de faibles niveaux de scolarisation, à des problèmes de fréquentation ou à des risques d’abandon.
La distance entre l’école et le domicile des élèves peut également peser dans l’analyse. Lorsqu’un enfant doit parcourir une longue distance pour rentrer déjeuner chez lui, il peut avoir des difficultés à revenir en classe dans l’après-midi.
Le repas servi à l’école peut alors jouer un double rôle : répondre à un besoin alimentaire et favoriser la présence régulière des élèves en classe.
Le statut public : une condition essentielle
Le PNASI cible principalement les écoles primaires publiques. Le dispositif peut également concerner certaines écoles maternelles lorsqu’elles sont implantées sur le même site qu’une école primaire publique bénéficiaire.
Le statut de l’établissement constitue donc un élément essentiel. Une école primaire privée ne peut pas être considérée comme bénéficiaire du programme au même titre qu’une école publique ciblée.
Cette précision est importante, car bénéficier d’une cantine PNASI ne dépend pas uniquement du nombre d’élèves inscrits. L’établissement doit d’abord entrer dans le périmètre du programme.
Des conditions minimales pour faire fonctionner la cantine
Être située dans une zone défavorisée et accueillir des enfants vulnérables ne suffit toutefois pas à assurer le bon fonctionnement d’une cantine.
L’environnement de l’école doit également permettre la préparation et la conservation des repas dans des conditions acceptables. Les besoins concernent notamment l’espace de cuisine, le stockage des vivres, l’accès à l’eau et les conditions générales d’hygiène.
Le Gouvernement poursuit d’ailleurs les investissements destinés à renforcer les infrastructures nécessaires au fonctionnement des cantines scolaires, notamment les magasins de stockage ainsi que les équipements liés à l’eau et à l’électricité.
L’enjeu est évident : un repas scolaire doit être non seulement disponible, mais aussi préparé et servi dans des conditions qui protègent la santé des enfants.
La communauté locale doit aussi s’impliquer
Le fonctionnement d’une cantine scolaire ne repose pas exclusivement sur l’administration centrale. Les communautés locales, les parents d’élèves, les responsables des établissements et les autres acteurs concernés jouent également un rôle.
La mise en place de mécanismes locaux de gestion permet notamment d’assurer le suivi des activités, la gestion des stocks et le respect des règles d’hygiène.
Cette implication est déterminante pour la pérennité du dispositif. Une cantine peut être construite et approvisionnée, mais son fonctionnement quotidien nécessite une organisation locale capable de suivre les différentes opérations.
Les producteurs locaux au cœur du modèle
Le caractère « intégré » du PNASI se retrouve également dans son lien avec l’agriculture locale.
Le programme encourage l’approvisionnement des cantines en produits issus de la production locale. Les petits producteurs, les groupements agricoles et les organisations de producteurs peuvent ainsi participer à l’alimentation des élèves.
Le modèle crée donc une relation entre plusieurs secteurs : l’éducation, la nutrition et l’agriculture.
Certaines écoles développent également des jardins scolaires ou des activités d’élevage. Ces initiatives peuvent contribuer à diversifier l’alimentation et à sensibiliser les enfants aux activités agricoles.
Une école peut-elle simplement demander une cantine ?
La réponse mérite d’être nuancée.
Une école ne devient pas automatiquement bénéficiaire du PNASI simplement parce que le directeur, les enseignants ou les parents d’élèves introduisent une demande.
Le ciblage repose sur plusieurs indicateurs : la pauvreté et la vulnérabilité de la communauté, l’insécurité alimentaire, la situation scolaire, la distance entre l’école et les habitations, le statut public de l’établissement, les conditions d’hygiène et d’infrastructure ainsi que les capacités de mobilisation de la communauté.Autrement dit, la sélection repose sur une analyse des besoins et des conditions de mise en œuvre.
Vers une couverture de toutes les écoles publiques
Le système évolue cependant. Le Bénin est progressivement passé d’un modèle de ciblage prioritaire des écoles les plus vulnérables à une politique visant une couverture beaucoup plus large.
Selon les données communiquées par le Gouvernement, la couverture des écoles disposant d’une cantine est passée de moins de 31 % en 2016 à environ 75 % en 2021. Le programme comptait ensuite plus de 1,3 million d’enfants bénéficiaires en 2025.
L’ambition affichée est désormais d’atteindre 100 % des écoles primaires publiques à la fin de l’année 2026.
Cette évolution déplace progressivement le débat. Il ne s’agit plus seulement de savoir quelles écoles doivent être prioritaires, mais aussi de garantir la qualité des repas, la régularité de l’approvisionnement, l’accès à l’eau, l’hygiène, les infrastructures et la bonne gestion des cantines.
À retenir
Pour qu’une école soit ciblée par le Programme national d’alimentation scolaire intégré, plusieurs éléments peuvent être pris en compte. La vulnérabilité économique et alimentaire de la communauté, les difficultés de scolarisation et de fréquentation, le statut public de l’établissement, les conditions minimales d’infrastructure et d’hygiène ainsi que l’engagement de la communauté constituent les principaux points d’attention.
La cantine scolaire apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple repas offert à l’enfant. Elle constitue un outil de politique éducative et sociale qui cherche à réduire les effets de la pauvreté sur la scolarisation, tout en créant des débouchés pour la production agricole locale.
Avec l’objectif de couverture universelle des écoles primaires publiques, le véritable défi devient désormais celui de la qualité, de la régularité et de la pérennisation des cantines scolaires.
Firmin DANNON








