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Médias en Afrique de l’Ouest : l’ODEM veut barrer la route à la désinformation

Réunis à Cotonou les 29 et 30 octobre 2026, cinq pays ouest-africains vont réfléchir à une meilleure coordination des instances d’autorégulation des médias. Pour Pulchérie GBEMENOU, vice-présidente de la 10e mandature de l’ODEM, cette coopération est indispensable pour renforcer la crédibilité de la presse.

Face à la propagation rapide des fausses informations, les instances d’autorégulation des médias d’Afrique de l’Ouest veulent unir leurs forces. L’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias (ODEM) organise, les 29 et 30 octobre 2026 à la Maison des médias de Cotonou, une rencontre sous-régionale consacrée à l’avenir de l’autorégulation journalistique. Invitée de l’émission Dossier du Matin sur Canal 3 Bénin, ce lundi 26 octobre, Pulchérie GBEMENOU a expliqué les enjeux de cette initiative au journaliste Firmin DANNON.

Cinq pays pour rapprocher les pratiques éthiques et déontologiques

Le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Mali sont attendus à Cotonou. L’objectif est de partager les expériences, de confronter les méthodes de travail et de rechercher des approches communes en matière d’éthique et de déontologie. « L’objectif […] c’est d’harmoniser les pratiques de déontologie », a expliqué Pulchérie GBEMENOU.

Derrière cette ambition se trouve un défi majeur : les informations circulent désormais sans frontières, mais les mécanismes de traitement des manquements restent largement nationaux. Une publication trompeuse dans un pays peut rapidement atteindre les populations des États voisins. Pour la vice-présidente de l’ODEM, cette réalité impose une réponse collective afin de mieux protéger le public et de préserver la confiance envers les médias.

La désinformation ne s’arrête pas aux frontières

Les réseaux sociaux accélèrent la diffusion des contenus erronés et compliquent le travail des instances de régulation professionnelle. Or, lorsqu’une information publiée dans un pays porte préjudice à un autre, la réaction ne peut dépendre uniquement des frontières administratives. Les différences entre les codes déontologiques et les procédures d’intervention peuvent ralentir la réponse.

Pulchérie GBEMENOU plaide ainsi pour une coopération plus étroite, inspirée notamment des accords de libre circulation numérique conclus dans la sous-région. Elle estime que les instances d’autorégulation doivent, elles aussi, mutualiser leurs efforts. « Quand ensemble on réfléchit, on finit par trouver une solution accessible à tous », soutient-elle.

Les travaux devront notamment explorer les possibilités de corégulation, identifier des sources potentielles de financement pour les instances déontologiques et examiner les obstacles qui freinent leur action. Une feuille de route est également attendue, avec des rencontres tournantes dans les pays participants. L’enjeu est de transformer les échanges en mécanismes durables de collaboration.

L’ODEM mise sur la sensibilisation et la responsabilité

Au Bénin, l’ODEM entend également renforcer son action sur le terrain. Son code de déontologie et d’éthique est passé de 26 à 33 articles pour tenir compte de nouveaux défis, notamment l’intelligence artificielle, les fausses informations et le rôle des influenceurs.

« Nous ferons tout […] pour vulgariser ce code parce que c’est notre bréviaire », a déclaré la vice-présidente. L’institution prévoit des séances de sensibilisation dans les rédactions afin de rappeler aux professionnels leurs responsabilités. Une démarche essentielle, car la rapidité de publication ne doit jamais prendre le pas sur la vérification des faits.

La sensibilisation ne signifie toutefois pas l’absence de sanctions. Pulchérie GBEMENOU prévient que l’ODEM prendra ses responsabilités lorsque des professionnels enfreindront les règles de la profession. L’autorégulation doit donc conjuguer prévention, pédagogie et traitement des manquements.

Une coopération à concrétiser

La rencontre de Cotonou intervient à un moment où la crédibilité des médias dépend autant de la qualité de l’information que de leur capacité à corriger leurs erreurs. Pour l’ODEM, le rendez-vous des 29 et 30 octobre doit permettre de poser les bases d’une réponse sous-régionale plus cohérente.

Une réunion préparatoire avec les représentants maliens est également prévue avant l’ouverture des travaux. Au-delà des déclarations d’intention, le véritable défi sera de traduire les engagements en actions concrètes. Car, face à la désinformation, la défense d’une presse crédible exige des règles claires, des instances capables d’agir et une coopération qui dépasse les frontières.

Firmin DANNON

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