Le Moyen-Orient s’embrase à nouveau. Entre échanges de missiles et assassinats ciblés, la tension entre Téhéran et Washington a franchi un palier critique. Reçu ce lundi 2 mars 2026 sur le plateau de Canal 3 Bénin, le Dr Ghislain Kuessi Hadonou, chercheur en relations internationales et expert de l’Association béninoise d’études stratégiques et sécuritaires (Abess), livre une analyse sans concession sur les racines de ce conflit et les risques d’une déstabilisation mondiale.
L’échec des pourparlers de Genève et le basculement vers une « diplomatie de l’élimination » ne sont pas des événements isolés. Pour le Dr Hadonou, il est impossible de comprendre la situation actuelle sans remonter à l’histoire profonde, notamment à la révolution islamique de 1979 et à la crise des otages qui a laissé une plaie ouverte à Washington. Selon l’expert, les hostilités récentes sont le fruit d’un « jeu de méfiance » et d’un climat de suspicion permanent. Téhéran refuse les conditions de suspension de ses activités nucléaires imposées par les États-Unis, voyant dans l’atome son unique bouclier contre les « incursions ou les attaques menées par les alliés de Washington dans la région du Golfe Persique ».
Sur le plan juridique, les États-Unis justifient l’assassinat ciblé de dirigeants iraniens par la théorie de la « légitime défense ». Une thèse que le Dr Hadonou balaie d’un revers de main: « Cette thèse ne se justifie pas du point de vue du droit international ». En se référant à la Charte des Nations unies , il rappelle qu’aucune force ne doit être exercée contre un État souverain sans un mandat explicite du Conseil de sécurité. Pour le chercheur, l’attaque est purement « géopolitique et stratégique ». Il s’agit pour l’Amérique d’étendre son influence dans le Golfe et de protéger Israël, son allié historique, car « si l’Iran parvenait à posséder l’arme nucléaire, ce serait la catastrophe » pour l’existence de l’État hébreu.
Les conséquences de cette escalade sont déjà palpables. Au-delà des pertes humaines incluant des soldats américains et israéliens l’impact pourrait devenir planétaire. Le premier risque majeur est sécuritaire, avec des répercussions dans les pays « satellites » supportant Washington (Arabie Saoudite, Qatar, Jordanie). Mais c’est sur l’économie mondiale que l’ombre est la plus menaçante. Si l’Iran décide d’imposer un blocus sur le détroit d’Ormuz, carrefour vital du gaz et du pétrole vers l’Europe, « le prix du pétrole va flamber dans les prochains jours », prévient l’expert. Plus inquiétant encore, le conflit semble glisser vers une dimension religieuse, le régime iranien dénonçant une « persécution contre le monde arabe ».
Face à l’impuissance apparente des institutions internationales comme l’Onu, dont les appels à la désescalade semblent inaudibles, le Dr Hadonou plaide pour un retour immédiat à la table des négociations. Pour lui, la diplomatie n’a pas dit son dernier mot. Il suggère l’installation d’un comité de contrôle rigoureux du processus nucléaire iranien en échange de la levée des sanctions économiques qui étouffent le pays depuis des décennies. L’expert appelle également à l’intervention de tierces autorités mondiales, citant le Pape, Oman ou le Qatar, pour éviter un embrasement total de la région dont personne ne sortirait vainqueur.








