Le 23 avril, à l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, une interrogation revient avec insistance dans le milieu littéraire béninois : écrire peut-il réellement devenir un métier à part entière ? Derrière la beauté des mots, la réalité est plus rugueuse. Témoignage et analyse avec l’écrivaine Myrtille Akofa Haho.
Une ambition freinée par le contexte
Au Bénin, l’écriture navigue entre passion et quête de reconnaissance économique. Pour Myrtille Akofa Haho, tout dépend du regard que l’on porte sur ce métier. « Il y a ceux qui écrivent pour partager, et ceux qui veulent en vivre », explique-t-elle en substance. Mais pour ces derniers, le chemin est semé d’embûches.Car vivre de sa plume suppose bien plus que publier un livre. Il faut construire une visibilité, organiser la diffusion de ses œuvres, parfois à l’échelle nationale ou sous-régionale.

Les revenus, quand ils existent, proviennent rarement d’une seule source. Ils sont le fruit d’opportunités multiples, souvent instables.Au cœur de l’équation, un facteur déterminant : la volonté politique. Sans structuration du secteur, sans mécanismes de soutien ou cadre légal adapté, l’écriture peine à s’imposer comme une activité génératrice de revenus durables.
Un système qui ne valorise pas encore ses créateurs
Le paradoxe est frappant. La littérature reste l’un des arts les plus universels, mais elle peine à être considérée comme une priorité dans certaines sphères décisionnelles du pays. Pourtant, les lecteurs existent. Curieux, avides de découvertes, ils s’intéressent aux productions locales. Mais entre production et rémunération, le fossé est réel. « Tout le monde produit, mais tout le monde ne gagne pas le fruit de ses efforts », constate l’écrivaine. Dans ce contexte, l’auteur est contraint de sortir de son rôle traditionnel. Il devient son propre agent, son propre promoteur, parfois même son propre distributeur. Certains vont jusqu’à adopter les codes des influenceurs pour donner de la visibilité à leurs œuvres. Une réalité qui illustre une vérité bien connue dans le milieu culturel : au Bénin, l’artiste doit souvent se battre sur plusieurs fronts pour exister.
Se structurer ou disparaître
Face à ces défis, une stratégie s’impose : l’adaptation. Pour Myrtille Akofa Haho, l’auteur moderne doit être à l’écoute de son marché, comprendre son public et évoluer en conséquence.

La clé réside dans la structuration. Travailler avec une équipe, saisir les opportunités de rencontres, participer à des festivals, s’inscrire dans des événements culturels… autant de leviers pour accroître sa visibilité.Mais au-delà de la vente de livres, d’autres pistes émergent. Le partage de connaissances, à travers des formations ou des ateliers, constitue une source de revenus non négligeable. L’écrivain devient alors un passeur de savoir, monétisant son expertise autrement.
Une urgence : penser l’avenir
Derrière ces dynamiques se cache une inquiétude plus profonde : celle de la précarité. Que devient l’écrivain à long terme ? Quelle sécurité pour demain ?
La question de la retraite, rarement abordée, s’impose pourtant avec acuité. Sans revenus réguliers, sans protection sociale adaptée, l’avenir des auteurs reste incertain. Pour l’heure, beaucoup se contentent de revenus ponctuels, en attendant mieux. « Il va falloir commencer à avoir une rémunération plus régulière », glisse l’écrivaine, lucide mais résolument tournée vers l’avenir.
Entre lucidité et espoir
Vivre de sa plume au Bénin n’est pas encore une norme. C’est un combat quotidien, fait de compromis, d’ingéniosité et de résilience. Mais une chose demeure : la foi en la littérature. Celle qui pousse à écrire, malgré tout. Celle qui fait croire qu’un jour, les lignes bougeront.
En attendant, les écrivains béninois continuent d’écrire… et de se battre pour que leurs mots aient, enfin, la valeur qu’ils méritent.
✍️ Firmin DANNON









