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Plume ou survie ? Au Bénin, écrire ne suffit pas (encore) à vivre

Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Une célébration, mais aussi une mise à nu. Car derrière les pages publiées et les signatures en librairie, une réalité persiste : au Bénin, vivre de sa plume relève plus de l’exception que de la règle.

Pour l’écrivain Charlemagne Koffi Gbonkè, le constat est frontal : le livre, à lui seul, ne fait pas vivre. « En dehors de quelques cas liés aux ouvrages au programme scolaire, rares sont ceux qui s’en sortent uniquement avec l’écriture », tranche-t-il. Autrement dit, la littérature nourrit l’esprit… mais peine encore à remplir l’assiette.

Un pays de lecteurs… qui n’achètent pas

Le paradoxe est là. Les lecteurs existent. Ils lisent, s’intéressent, consomment du contenu. Mais le passage à l’achat reste fragile.En cause ? Une culture de la lecture encore insuffisamment enracinée dès le plus jeune âge. Le goût du livre ne tombe pas du ciel , il se transmet. Et quand cette transmission fait défaut, le livre devient accessoire.À cela s’ajoute une réalité économique difficile. Pour beaucoup de familles, acheter un livre n’est pas une priorité. On le fait par obligation scolaire, rarement par choix.Résultat : un marché déséquilibré, où l’intérêt ne se transforme pas en revenus pour les auteurs.

L’écrivain doit vendre, convaincre, exister

Dans ce contexte, écrire ne suffit plus. L’auteur béninois est contraint de devenir un véritable homme-orchestre. Rencontres, cafés littéraires, échanges avec le public : chaque occasion devient une opportunité de visibilité… et de vente. « Il faut aller vers les lecteurs », insiste Charlemagne Koffi Gbonkè. Comprendre leurs attentes, capter leurs réactions, créer un lien direct.Car aujourd’hui, le livre ne se vend plus seulement en librairie. Il se défend, se raconte, se porte.

Diversifier ou disparaître

Face à cette réalité, les auteurs n’ont qu’une option : se réinventer. Formations, conférences, activités liées au développement personnel, présence digitale… autant de pistes pour générer des revenus en marge de l’écriture.Mais attention : toutes les stratégies ne se valent pas. L’autoédition, par exemple, exige un autre niveau d’engagement et de maîtrise. Elle peut être une opportunité, mais aussi un piège pour les moins préparés.

Une passion sous pression

Au fond, la question dépasse le simple cadre individuel. Elle renvoie à un problème structurel : celui d’un secteur encore insuffisamment organisé et valorisé.L’écrivain béninois avance sans filet. Peu de garanties, peu de stabilité, beaucoup d’incertitudes. Et pourtant, il continue.

Écrire, malgré tout

Alors, peut-on vivre de sa plume au Bénin ? Oui, mais rarement. Et jamais sans stratégie.Ce qui est sûr, c’est que les écrivains, eux, ne lâchent rien. Parce que la plume est plus qu’un métier , c’est une nécessité,une urgence intérieure.

Et tant que cette urgence existera, la littérature béninoise continuera d’écrire son histoire… même sans garantie de revenus.

✍️ Firmin DANNON

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