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Écrire pour vivre… ou survivre ? Au Bénin, la plume face à ses propres défis

Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Le 23 avril, une date symbolique qui remet sur la table une question que les écrivains africains entendent sans cesse : peut-on vivre de sa plume ? Pour l’écrivaine Générose Bayise Ayi Guezodje, la réponse n’est ni totalement négative, ni naïvement optimiste. Elle est exigeante.

Oui, un écrivain doit vivre de son art… mais

Sur le principe, la position est ferme : écrire est un métier. Et tout métier mérite rémunération. « L’homme qui travaille doit vivre de son œuvre », défend Générose Bayise Ayi Guezodje. Mais dans la réalité béninoise, cette évidence se heurte à un mur. L’écriture peine à garantir des revenus stables. Non pas uniquement à cause du contexte… mais aussi à cause des pratiques du milieu lui-même.

Le vrai problème : ce que produisent les auteurs

Le débat prend ici un tournant moins confortable. Car pour l’écrivaine, les auteurs ont aussi leur part de responsabilité.Textes peu accrocheurs, styles inadaptés, messages mal ciblés, stratégies de communication inefficaces autant de failles qui empêchent les œuvres de rencontrer leur public. Résultat : des livres publiés, mais peu lus. Et surtout, peu vendus.« Nous n’arrivons pas à intéresser réellement notre public », reconnaît-elle en substance. Une autocritique rare, mais lucide.

Une chaîne du livre fragilisée

Au-delà du contenu, c’est toute la chaîne qui vacille. Mauvais choix de maisons d’édition, manque de professionnalisme, circuits de distribution peu efficaces… le livre béninois souffre d’un déficit de structuration. Beaucoup d’auteurs publient, mais sans stratégie claire. Sans accompagnement solide. Sans véritable politique éditoriale.Conséquence : les ouvrages n’atteignent pas leur cible. Et les auteurs ne rentrent pas dans leurs frais.

Autoédition : opportunité ou illusion ?

Face à ces difficultés, certains se tournent vers l’autoédition. Une voie séduisante, mais risquée.Car l’erreur fréquente est de tout faire soi-même, sans expertise. « Être auteur ne signifie pas devenir imprimeur, éditeur et communicant à la fois », alerte Générose Bayise Ayi Guezodje.Sans rigueur, l’autoédition bascule vite dans l’amateurisme. Et au lieu de rentabiliser le talent, elle peut le desservir.

Repenser le métier d’écrivain

Au fond, la question dépasse le simple cadre financier. Elle interroge la perception même du métier d’écrivain au Bénin.Peut-on continuer à considérer l’écriture comme une activité secondaire ? Ou faut-il enfin lui donner les moyens de devenir une profession à part entière ?
Pour Générose Bayise Ayi Guezodje, la réponse est sans ambiguïté : oui, un écrivain peut vivre de sa plume. Mais à une condition essentielle : traiter l’écriture comme un véritable métier, avec ses exigences, ses règles et sa discipline.

La plume, entre exigence et vérité

Vivre de son écriture au Bénin, ce n’est pas impossible. Mais ce n’est pas automatique non plus.C’est un combat. Une discipline. Une remise en cause permanente.Et peut-être, surtout, une vérité que peu osent dire : avant d’accuser le système, il faut aussi interroger la qualité, la stratégie et l’ambition des œuvres produites.

La plume a du pouvoir. Encore faut-il savoir s’en servir.

✍️ Firmin DANNON

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