Au Bénin, la piraterie du livre n’est plus un phénomène marginal. Elle s’installe, se transforme et résiste aux dispositifs juridiques mis en place depuis des années. Moins visible que dans l’industrie musicale, elle n’en demeure pas moins une menace silencieuse pour les auteurs, les éditeurs et toute la chaîne du livre.
Entre insuffisance d’application des lois, manque de suivi des œuvres et enjeux économiques, les écrivains tirent la sonnette d’alarme. Trois voix du monde littéraire béninois éclairent cette réalité sans détour.
Une piraterie réelle mais sous-estimée
Pour l’écrivaine Myrtille Akofa Haho, la piraterie du livre est bien installée, mais elle prospère aussi à cause des failles du système lui-même.
《 La piraterie continue de prendre de l’ampleur à cause de nos propres politiques et stratégies dans le système de l’édition des livres. Les lois sur les droits d’auteur ne sont vraiment pas connues… Cela entraîne des engagements physiques et financiers et crée la mévente des œuvres. 》

Dans les librairies comme sur les marchés parallèles, des ouvrages contrefaits circulent, touchant particulièrement les livres à succès et les ouvrages scolaires. Une situation qui fragilise directement la rentabilité des auteurs et décourage la création.
Des lois existantes, mais peu appliquées
Si le cadre juridique existe, sa mise en œuvre reste un point faible majeur. C’est ce que souligne également Myrtille Akofa Haho, qui insiste sur le décalage entre textes et réalité.
《 Il y a des lois, mais leur mise en application n’est pas essentiellement effective… Tant que le secteur du livre ne sera pas pris au sérieux, nous reviendrons sur ces questions chaque année.》
Dans cette même logique, elle plaide pour une réforme profonde du secteur : création de plateformes d’expression pour les auteurs, meilleure traçabilité des œuvres et surtout une implication réelle de tous les acteurs culturels.
Une lutte institutionnelle encore fragile
Face à la persistance du phénomène, des initiatives institutionnelles émergent. Mais leur efficacité reste attendue sur le terrain. L’écrivaine Générose Bayise AYI GUEZODJE insiste sur la nécessité de passer de la volonté à l’action.

《La loi et les sanctions doivent être appliquées. Il faut une éducation à la base, une sensibilisation pour aimer les œuvres originales… Les auteurs doivent aussi contribuer à cette lutte en travaillant avec des maisons d’édition sérieuses.》
Elle évoque également la récente mise en place d’une commission nationale de lutte contre la piraterie des œuvres littéraires et artistiques, un signal encourageant mais encore à concrétiser.
Un phénomène sélectif selon les auteurs
De son côté, l’écrivain et conseiller en orientation Charlemagne Koffi GBONKÈ apporte une lecture plus nuancée du phénomène.
《 La piraterie existe dans le domaine du livre… On la constate souvent avec des livres à succès ou les livres au programme. Pour le reste, je doute fort que les pirates y trouvent un intérêt. 》
Pour lui, la piraterie suit une logique économique : elle cible surtout les ouvrages à forte demande. Il souligne aussi le rôle des moyens limités dans le contrôle du phénomène, tout en rappelant l’importance de la dénonciation et de la vigilance collective.

Entre urgence culturelle et défi national
Au-delà des constats, une idée revient chez tous les intervenants : la protection du livre n’est pas seulement une question d’auteurs, mais un enjeu culturel national.Car derrière chaque œuvre piratée, c’est une partie de la chaîne du livre qui s’affaiblit : éditeurs, libraires, diffuseurs et surtout créateurs.Tant que l’application des lois restera partielle et que la sensibilisation du public sera insuffisante, la piraterie continuera de s’adapter.
Au Bénin, la bataille pour le livre original est donc loin d’être terminée.
✍️ Firmin DANNON









