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Post-présidentielle 2026 : Dr Ilyas Sina Dounhouirou décrypte les enjeux d’un score historique

Sociologue du développement et acteur politique, Dr Ilyas Sina Dounhouirou s’est livré à une analyse approfondie du scrutin présidentiel. Entre adhésion massive, continuité exigeante et développement régionalisé, l’invité a tracé les perspectives d’un quinquennat qui s’ouvre sous le signe de la maturité démocratique.

Le Bénin vient de vivre un moment inédit: l’élection d’un président avec près de 95 % des suffrages exprimés. Pour le Dr Ilyas Sina Dounhouirou, ce score exceptionnel n’est pas un simple plébiscite, mais la traduction de trois réalités fondamentales. « Ce n’est pas seulement un vote de sympathie, c’est un vote de confiance pour continuer les réformes engagées », affirme-t-il. Selon lui, ce résultat valide le bilan du président sortant Patrice Talon et la crédibilité du projet porté par Romuald Wadagni. Toutefois, il prévient : « Ce n’est pas un chèque à blanc. C’est un contrat renouvelé avec plus d’exigence ».

Le concept de « continuité » a été au cœur de l’échange. Pour le sociologue, elle ne signifie pas une répétition à l’identique des années passées. Elle doit s’articuler autour d’une méthode rigoureuse lutte contre la corruption, discipline budgétaire mais surtout s’accompagner de corrections nécessaires. « Il s’agit de capitaliser sur ce qui a fonctionné et de corriger ce qui a moins bien marché en écoutant davantage les populations à la base », souligne t-il. L’enjeu majeur reste l’impact visible sur le « Béninois lambda », celui du village le plus reculé.

En tant que spécialiste du développement, le Dr Sina Dounhouirou a porté un regard attentif sur le projet de développement régionalisé. Pour le département du Borgou, il identifie quatre leviers stratégiques. Il s’agit de l’agro-industrie. Il faut passer de la production brute (coton, soja, igname) à la transformation locale (huileries, décorticage). La géostratégie afin de transformer le Borgou en un pôle logistique de transit vers le Nigéria, le Niger et le Burkina Faso. Le capital humain pour au mieux renforcer la formation technique et l’alphabétisation fonctionnelle en milieu rural. Puis enfin la gouvernance locale mpliquer davantage les communes, les chefs traditionnels et les organisations socioculturelles dans la définition des priorités.

Bien que focalisé sur l’économie, le Dr Sina Dounhouirou n’a pas occulté le potentiel culturel immense du septentrion. « Niki est un symbole historique institutionnel », rappelle-t-il. Il préconise de valoriser davantage le patrimoine des cités royales, la fête de la Gaani et l’écotourisme lié aux zones de chasse et forêts du Nord. L’objectif est clair: faire de Niki un pôle de tourisme culturel de référence internationale, à l’image des initiatives déjà lancées pour les cités historiques du Sud.

Il a tenu à réhabiliter le rôle des associations et des Ong dans l’œuvre de construction nationale. Loin d’être négligeables, elles sont, selon lui, les maillons essentiels de la « coconstruction ». Elles interviennent dans l’identification des besoins réels, la sensibilisation au changement social et le contrôle citoyen de l’action publique. Concernant la proposition phare du candidat Wadagni sur la retraite des agriculteurs, le Dr Sina Dounhouirou se veut optimiste malgré la logique d’immédiateté du gain souvent reprochée au monde rural.

« L’idée peut prospérer si elle est expliquée simplement, avec des cotisations flexibles via les coopératives et une transparence totale », conclut-il. Le défi est désormais de transformer l’essai pour garantir une vieillesse digne à ceux qui nourrissent la nation.

Donatien Fernando SOWANOU

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