À quarante-huit heures de la célébration du 1er mai, le Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin), Codjo Hinlin, était l’invité de l’émission « Actu Matin ». L’occasion pour ce leader syndical de peindre un tableau sombre de la condition ouvrière et de dénoncer un dialogue social qu’il juge désormais réduit à une simple formalité administrative.
« Le travailleur béninois n’est pas au beau fixe de sa forme ». C’est par ce constat clinique que Codjo Hinlin a ouvert son analyse sur le plateau de Canal 3 Bénin. Si le leader syndical concède que le pays reste un État de droit, il pointe du doigt une érosion inquiétante des libertés syndicales et, surtout, une dénaturation du dialogue social. Pour la Cosi-Bénin, les séances de négociation avec le gouvernement se sont transformées, au fil des ans, en de simples séances d’information où les décisions, déjà actées au sommet, sont parachutées sans réelle recherche de consensus.

Interrogé sur les avancées salariales vantées par le gouvernement, notamment le relèvement du Smig et les sursalaires, Codjo Hinlin tempère l’enthousiasme officiel. Pour lui, ces améliorations sont largement neutralisées par une inflation non maîtrisée. « On peut multiplier le salaire par 100, si le marché n’est pas stabilisé, le travailleur ne constatera aucune amélioration », martèle-t-il.
Le Secrétaire général souligne un paradoxe cruel: pendant que le pouvoir d’achat stagne, la pression fiscale et le coût des services sociaux pourtant modernisés pèsent lourdement sur le panier de la ménagère. Il cite en exemple les nouveaux marchés urbains, joyaux architecturaux dont les droits de place élevés finissent par se répercuter sur le prix des produits de première nécessité, étranglant ainsi le consommateur final.
L’autre point de friction majeur abordé par l’invité concerne la réforme du Code du travail. Si Codjo Hinlin reconnaît la nécessité d’une relecture pour éviter l’absentéisme et la médiocrité, il dénonce un déséquilibre flagrant au profit du patronat. Selon lui, le droit au licenciement est devenu un « boulevard » permettant aux employeurs d’abuser de leur position. « Aujourd’hui, même si un licenciement est jugé abusif, le juge ne peut plus ordonner la réintégration », déplore-t-il, évoquant un travailleur béninois vivant désormais dans un état de stress permanent, suspendu au bon vouloir de son employeur. Cette fragilisation du contrat de travail est, aux yeux de la Cosi-Bénin, l’un des freins majeurs à l’épanouissement professionnel au Bénin.
Loin des marches de protestation habituelles, la Cosi-Bénin a choisi cette année encore une approche différente pour célébrer la fête du travail. C’est dans le département de l’Atlantique, loin du tumulte de Cotonou, que l’organisation se réunira avec ses membres. Au programme: sport, réjouissances, mais surtout éducation ouvrière. « Nous parlons de plus en plus des devoirs, car l’entreprise n’existe pas sans le travailleur, et inversement », explique Codjo Hinlin. Malgré l’amertume du constat global, le Secrétaire général exhorte les travailleurs à garder l’espoir et, surtout, leur combativité. P
our lui, les droits ne se donnent pas, ils s’arrachent par une lutte syndicale organisée et constructive. Un message clair adressé tant à la base qu’au sommet de l’État, à l’heure où les cahiers de doléances reprennent le chemin des ministères.
Donatien Fernando SOWANOU









