À quelques semaines de l’investiture prévue pour le 24 mai, le paysage politique béninois offre un spectacle inédit: celui d’une transition millimétrée entre le président sortant, Patrice Talon, et son successeur élu, Romuald Wadagni. Pour le Dr Issihako Zimé Lafia, consultant en communication politique, cette complicité affichée n’est pas qu’un simple protocole, mais une stratégie de stabilité qui marque un tournant historique pour la démocratie béninoise.
Longtemps habitué aux alternances de « rupture brutale » où le successeur s’érigeait en opposant systématique au prédécesseur, le Bénin expérimente aujourd’hui un modèle de transmission organique. Les images du Conseil des ministres conjoint et les visites de chantiers partagées entre Patrice Talon et Romuald Wadagni ne sont pas passées inaperçues. Pour le Dr Zimé Lafia, cette « unité symbolique » est un message fort envoyé aux populations à travers la préservation de l’intérêt commun avant tout.
Selon l’expert, la communication politique ici ne se limite pas aux mots. Elle est « hautement stratégique, voire métaphysique ». En s’affichant côte à côte sur des dossiers sensibles comme le dialogue interreligieux ou les grands chantiers d’infrastructure les deux hommes préparent l’opinion publique à un passage de témoin sans heurts. « Il s’agit de montrer la montée progressive du nouveau président pendant que l’ancien descend en douceur », explique le consultant.
Cette méthode évite l’effet « cheveu dans la soupe » qui se produit souvent lorsqu’un nouvel élu se saisit de dossiers complexes sans en maîtriser les arcanes. Ici, l’implication de Romuald Wadagni, qui a déjà passé dix ans au cœur du système en tant que ministre d’État, garantit que la machine étatique ne connaîtra aucune période de flottement après le 24 mai.
L’un des points saillants de cette transition reste l’attitude de Romuald Wadagni. Sur le terrain, l’élu semble « marcher sur des œufs », gardant une réserve scrupuleuse vis-à-vis du président en exercice. Pour le Dr Zimé Lafia, cette posture n’est ni de la faiblesse, ni le signe d’un « troisième mandat déguisé », mais une marque de haute intelligence politique. « Chacun est dans son couloir », souligne-t-il. Le président Talon, en accueillant son successeur avec humilité, reconnaît la légitimité du nouveau patron, tandis que ce dernier respecte la préséance jusqu’à l’investiture officielle. C’est un exercice de « circonspection » nécessaire pour maintenir la cohésion d’une équipe qui a géré le pays pendant une décennie.
Interrogé sur le score historique de plus de 94 % obtenu par Romuald Wadagni dès le premier tour, le consultant en communication politique rejette l’idée d’un score flatteur. Il y voit l’aboutissement d’un projet de société « chirurgical » qui a su séduire toutes les couches sociales, notamment les primo-votants. Pour lui, la mobilisation observée dans les centres de vote témoigne d’une appropriation citoyenne des enjeux de développement impulsés depuis 2016.
Cette transition Talon-Wadagni se veut une école de stabilité. Si Patrice Talon s’apprête à se retirer, l’héritage de la « bonne gouvernance » et de la méthode méthodique semble être le socle sur lequel Romuald Wadagni entend bâtir les quatorze prochaines années. Une transition qui, au-delà des images, se veut le garant d’un Bénin révélé, serein et en paix avec son histoire politique.
Donatien Fernando SOWANOU









