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Etats des médias beninois : « Les journalistes béninois sont des héros », Basile Tchibozo

À l’heure où la presse béninoise traverse une zone de turbulences, entre dégringolade dans les classements internationaux et précarité économique endémique, Basile Tchibozo, conseiller à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac), rompt le silence. L’ancien patron de presse livre une analyse des maux qui minent le quatrième pouvoir, tout en traçant les perspectives d’une renaissance nécessaire.

Le passage du Bénin de la 21e place à un recul significatif dans le baromètre mondial de la liberté de la presse ne laisse personne indifférent. Pour Basile Tchibozo, si ce classement est un « rituel traditionnel » qu’il faut respecter, il appelle néanmoins à une analyse des causes. Il pointe notamment l’amalgame persistant entre le travail journalistique et les dérives sur le cyberespace. « Le code du numérique ne nous concerne pas en tant que journalistes; il concerne tous ceux qui s’exposent sur le cyberespace », martèle-t-il. Il déplore que certains cas d’activistes ou de web-activistes soient comptabilisés comme des atteintes à la liberté de la presse, faussant ainsi la perception réelle de l’écosystème médiatique béninois. Pour lui, le défi reste de s’entendre avec l’appareil judiciaire sur ce qui relève strictement du Code de l’information.

Au-delà des questions de liberté, c’est le ventre de la presse qui crie famine. Basile Tchibozo qualifie la situation économique des médias de « drame ». Avec la suspension des contrats publicitaires, des abonnements et de l’aide de l’État pendant près d’une décennie, les entreprises de presse sont à bout de souffle. « Les journalistes béninois sont des héros », affirme le conseiller, saluant leur résilience malgré une « précarité absolue ». Il lance un appel pressant au nouvel exécutif pour que la « prime à la démocratie » soit de nouveau payée à la presse. Selon lui, il est impératif de relancer les grands projets structurants : régie publicitaire commune, centrale d’achat et viabilité économique des groupes de presse pour sortir de l’émiettement actuel.

Interrogé sur la « trêve politique » évoquée par le président de la Haac, Édouard Loko, Basile Tchibozo apporte une clarification sémantique majeure. « Il faut une distinction entre trève politique et trève médiatique. La trêve concerne les politiciens, pas la presse ». Pour lui, le tarissement de la parole politique doit obliger les rédactions à changer de paradigme en investissant les grands reportages et les thématiques sociales délaissées.

Basile Tchibozo identifie deux défis majeurs: l’Intelligence artificielle et le basculement numérique. Avec l’autorisation imminente de 109 médias en ligne, la Haac entend assumer son rôle de protecteur et de régulateur dans un monde où la formation continue doit devenir la règle pour garantir la qualité de l’information.

Donatien Fernando SOWANOU

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