Face à l’intensification des dérèglements climatiques, les pays africains se mobilisent de plus en plus pour structurer leur riposte. Pour faire l’état des lieux des politiques de résilience sur le continent, le Dr Eusèbe Capo, géographe environnementaliste, a apporté son éclairage. Élaboration de cadres théoriques solides ou la réalité du terrain, le fossé reste difficile à combler, notamment en raison de contraintes financières persistantes.
Selon le Dr Capo, l’Afrique a réalisé des progrès notables ces dernières années. La majorité des nations se sont dotées de stratégies nationales d’adaptation, de plans climat et de cadres institutionnels décentralisés pour cibler les communes à haut risque. Ces directives nationales servent désormais de boussole pour aligner les actions locales et éviter les interventions disparates. Cependant, le spécialiste note que le principal obstacle demeure le déficit de financement. Bien que les politiques existent sur le papier, leur mise en œuvre opérationnelle est fortement limitée par le manque de ressources.
De plus, les capacités techniques et institutionnelles des organisations locales pour rédiger et porter des projets d’envergure internationale font parfois défaut, bien que les formations sur le terrain tentent de corriger cette situation. « Au niveau opérationnel, nous sommes encore en train de faire les premiers pas. Notre capacité à produire de la richesse et à faire des réserves pose problème. » ajoute le Dr Eusèbe Capo.
L’épineuse question de la justice climatique
Interrogé sur la position des pays les moins avancés qui exigent des compensations financières de la part des nations les plus polluantes, le Dr Capo récuse l’idée d’une posture passive ou suicidaire. Il rappelle que face aux crises immédiates (catastrophes, inondations), les budgets nationaux, les collectivités et les initiatives citoyennes se mobilisent en urgence sans attendre l’aide internationale. Toutefois, pour les investissements lourds de prévention et d’adaptation à long terme, le recours aux fonds internationaux s’avère indispensable. Le chercheur plaide pour une meilleure gouvernance interne afin de répondre aux normes internationales et faciliter l’accès à ces financements, tout en encourageant les pays africains à renforcer leur propre autonomie financière.
La société civile béninoise en action : l’exemple de l’Ong Mad
La société civile verte joue un rôle de premier plan. Le Dr Capo, lui-même membre de l’Ong Monde action durable (Mad), souligne que les associations locales interviennent activement dans l’éducation environnementale, le reboisement, la gestion durable de l’eau et la promotion de techniques agricoles résilientes. C’est dans cette dynamique que l’Ong Mad organise annuellement l’Initiative Résilience climat. Ce forum se veut un cadre d’échange, de dialogue et de valorisation de la recherche scientifique. Son but est de briser l’isolement des initiatives locales en communiquant sur les solutions qui ont fonctionné, afin qu’elles puissent être répliquées par d’autres communautés confrontées aux mêmes défis climatiques.
Vers une synergie renforcée avec les autorités locales
L’un des points encourageants soulevés lors de l’entretien réside dans la collaboration grandissante entre les municipalités et la société civile. Prenant l’exemple de la commune d’Abomey-Calavi où siège son organisation, le géographe s’est réjoui de voir que les mairies et les structures décentralisées associent de plus en plus les Ong locales lors de la formulation des politiques environnementales ou du lancement de projets communautaires (comme la foresterie urbaine). Cette synergie d’actions, bien qu’encore perfectible, trace une feuille de route claire pour que les politiques écologiques répondent enfin de manière concrète aux besoins des populations locales.
L’Afrique doit encore stabiliser ses compétences institutionnelles et sécuriser ses canaux de financement pour transformer ses stratégies en résilience effective dixit le Dr Eusèbe Capo








