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De l’autorité paternelle à la dérive meurtrière: les racines d’une violence domestique qui interpelle

Le Bénin est secoué par une série de drames familiaux d’une violence inouïe. Des pères infligeant des corrections mortelles à leurs enfants et des crimes passionnels au sein des couples. Madame Ahyite, juriste et sociologue, décortique ces faits sociaux qui révèlent une profonde mutation des structures éducatives et une fragilité émotionnelle alarmante.

L’actualité récente a été marquée par le décès d’enfants suite à des châtiments corporels infligés par leurs géniteurs. La sociologue explique que ces drames résultent souvent d’une accumulation d’expériences négatives chez le parent. « Le père est une somme de tout ce qu’il a vécu. En voulant forger un être positif sans se maîtriser, il finit par commettre l’irréparable », souligne-t-elle.

Face à la loi qui interdit désormais les châtiments corporels en République du Bénin, madame Ahyite soutient que le législateur n’a pas voulu fragiliser l’autorité paternelle, mais plutôt mettre des barrières contre la « force excessive ». Pour elle, la solution ne réside pas uniquement dans la répression, mais dans un reformatage des mentalités. Les parents doivent apprendre à modérer leur puissance et à privilégier le dialogue, dans une société où la violence physique a trop longtemps été le seul outil de redressement.

Au-delà de la relation parents-enfants, le couple béninois semble également en proie à une violence extrême. Les cas récents de Parakou et de Sinandé, où des ex-conjoints ont retourné des armes l’un contre l’autre, illustrent cette dérive. La juriste pointe ici un manque criant de discipline de l’esprit et une hypertrophie de l’ego. « Nul n’appartient à l’autre. Il faut aimer avec raison », martèle-t-elle. Selon son analyse, ce n’est pas l’attachement qui tue, mais l’ego blessé et l’incapacité à gérer le rejet. Elle appelle à une culture de l’estime de soi et à un détachement nécessaire pour éviter que la fin d’une relation ne se transforme en drame sanglant.

L’un des facteurs explicatifs de cette violence réside dans l’effritement de la grande famille au profit du noyau restreint. Si, autrefois, la communauté servait de régulateur aux conflits intimes, l’isolement actuel laisse les individus face à leurs pulsions sans médiation sociale efficace. Toutefois, madame Ahyite prévient. Le retour au passé n’est pas une solution miracle, car l’ancien système portait aussi ses propres injustices, notamment la prise de partie systématique pour l’homme.

La voie du salut, selon la sociologue, passe par une éducation aux émotions et une spiritualité qui fonde l’homme dans son intégralité (corps, âme et esprit). En définitive, la société béninoise est appelée à réinventer ses modèles de proximité et de douceur pour que le foyer redevienne un sanctuaire et non un champ de bataille.

Donatien Fernando SOWANOU

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