Quelques heures après la clôture du colloque scientifique, le professeur Raphaël Yebou, enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, est revenu en détail sur les temps forts et les résolutions du récent colloque international dédié aux mutations du théâtre depuis 1990 et à l’œuvre du professeur Pierre Medehouegnon.
Organisée par l’unité de recherche « Études des espaces et du discours, cette manifestation scientifique a rassemblé des chercheurs, des étudiants et des professionnels des arts vivants venus du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire. La cérémonie d’ouverture, lancée le jeudi 25 juin sous l’égide de l’autorité rectorale, a donné le ton d’une célébration dont le but dépassait la simple flatterie. « Célébrer un homme, c’est une chose, mais justifier sa célébration, c’est une autre », a rappelé le professeur Yebou, soulignant la contribution colossale du professeur Pierre Medehouegnon à la critique universitaire, à la stylistique, à la narratologie ainsi qu’à la formation de plusieurs générations d’étudiants et de metteurs en scène.
L’émotion a d’ailleurs atteint son paroxysme lors de la séance d’hommage, ponctuée par des témoignages vibrants notamment saluant les qualités humaines du récipiendaire, sa douceur et sa résilience face à l’adversité.
Au-delà de la dimension honorifique, le colloque a été le théâtre de débats intellectuels riches, articulés autour des innovations esthétiques de ces trois dernières décennies. Il s’agit de l’adaptation des genres. Les participants ont analysé comment des œuvres romanesques majeures, à l’instar du célèbre roman Doguicimi de Paul Hazoumé (adapté à la scène en 1995), recèlent des potentialités dramatiques insoupçonnées. Cette réécriture théâtrale a permis de relire l’œuvre sous un jour nouveau, réhabilitant certains aspects complexes du texte originel. Deuxièmement, le traitement du corps; le premier panel s’est également penché sur la mise en scène du corps de l’acteur, à la fois objet d’intimité et d’exposition publique, redéfini par le génie des créateurs contemporains.Et enfin la flexibilité face aux bouleversements modernes c’est-à-dire ace au foisonnement des nouvelles technologies de l’information et des médias sociaux, le professeur Yebou a insisté sur la nécessité pour le théâtre de s’adapter et de rester flexible. Pour demeurer un vecteur de valeurs et d’utilité publique à l’image des œuvres de Jean Pliya comme Kondo le requin, la création théâtrale doit offrir un « espace confortable » capable d’intéresser toutes les tranches de la population.
L’un des principaux enseignements de ce colloque réside dans la volonté affichée par les instances académiques de rompre l’isolement de la recherche universitaire. Les communications présentées, qui feront l’objet d’un ouvrage de « Mélanges » regroupant 15 articles scientifiques, visent à nourrir aussi bien les travaux des enseignants-chercheurs que la pratique concrète des metteurs en scène et des professionnels des métiers du spectacle. Le professeur Yebou a martelé cette ambition : l’université ne doit pas évoluer en vase clos, elle a le devoir impérieux de se mettre au service de la communauté et de la nation en intégrant et en résolvant les préoccupations de la société.
Loin d’être une initiative isolée, ce rendez-vous s’inscrit dans une démarche académique périodique. L’unité de recherche Études des espaces et du discours confirme sa tradition de célébrer les figures intellectuelles majeures de leur vivant. Le professeur Raphaël Yebou a d’ores et déjà pris rendez-vous dans deux ans pour une nouvelle manifestation scientifique d’envergure.









