Chaque année, le mois de juin ravive la ferveur écologiste. Trente-et-un jours durant, autorités politiques, organisations de la société civile et citoyens se mobilisent pour mettre en terre des milliers de plants. Pourtant, le couvert végétal national continue de reculer face à la déforestation. Comment transformer l’essai de la plantation en réussite écologique ? Pour Bonaventure Yessoufou, président de l’Ong L’Autre Bénin, la réponse tient en un mot : la responsabilité.
Au Bénin, l’arbre n’est plus une simple commodité économique ou un élément de décor urbain. Il s’impose désormais comme un indicateur majeur de la résilience climatique du pays. En assurant un rôle de bouclier écologique contre l’érosion côtière au Sud et l’avancée du désert au Nord, il préserve également un ancrage culturel précieux à travers les forêts sacrées et soutient la santé publique via la pharmacopée traditionnelle. Pourtant, le constat mondial est alarmant : environ 10 millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année, face à seulement un milliard d’arbres replantés.

À l’échelle nationale, le déficit persiste. Si les campagnes historiques telles que « 10 millions d’arbres, 10 millions d’âmes » sous l’ère Boni Yayi ont marqué les esprits, elles se heurtent aujourd’hui à un triple obstacle : une urbanisation galopante matérialisée par l’asphaltage, un manque criard de moyens techniques et financiers des collectivités locales pour l’entretien, et un déficit de responsabilisation foncière sur les domaines publics. « Le grand problème de la Journée de l’arbre, c’est l’absence de suivi. L’approche est devenue trop politique et événementielle : il s’agit souvent de soigner une image vitrine », déplore Bonaventure Yessoufou.
Le programme « Tri durable » : responsabiliser pour faire grandir

Face à ce que les acteurs de terrain qualifient de « démission globale » au lendemain des cérémonies officielles, les organisations de la société civile verte tentent d’inverser la tendance. Fondée en 2010, l’Ong apolitique L’Autre Bénin a choisi de substituer au militantisme passager une approche contractuelle et numérique à travers son initiative Tri Durable. Déployé via la plateforme www.tridurable.com ce programme connecte les entreprises désireuses d’investir leur Responsabilité sociétale (Rse) à des projets de reboisement rigoureusement encadrés. L’innovation repose sur la traçabilité et la pérennité : chaque action de mise en terre intègre un contrat d’entretien de un à deux ans, soutenu par un suivi technique et une implication directe des communautés bénéficiaires (comités de parents d’élèves, associations locales).

En cartographiant numériquement chaque plant, l’initiative démontre que la réussite de la transition écologique ne dépend pas du nombre de discours prononcés en juin, mais de la capacité des acteurs à sécuriser la croissance de chaque jeune pousse. Planter demeure un droit citoyen ; assurer le suivi reste un devoir de gouvernance.
Donatien Fernando SOWANOU








