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15 août au Bénin : quand la foi, l’igname et la famille se retrouvent

Au Bénin, le 15 août ne se vit jamais d’une seule manière. Fête religieuse majeure pour les catholiques avec l’Assomption de la Vierge Marie, rendez-vous culturel autour de la nouvelle igname, journée de retrouvailles familiales ou simple parenthèse de repos, cette date rassemble des pratiques qui, à première vue, pourraient sembler éloignées. En réalité, elle révèle une société où la foi, la tradition et les habitudes modernes cohabitent au quotidien.

À l’église, une journée placée sous le signe de Marie

Pour les fidèles catholiques, la journée commence souvent tôt. Les églises accueillent les célébrations de l’Assomption dans une atmosphère particulièrement solennelle. Les fidèles revêtent leurs plus belles tenues, prient, chantent et rendent grâce pour la vie et la protection de leurs familles. Certains prennent également la route vers des sanctuaires mariaux ou des lieux de pèlerinage.

Pour eux, le 15 août n’est donc pas simplement un jour sans travail. Il constitue un temps privilégié pour prendre du recul, exprimer sa foi et confier ses proches à la Vierge Marie. Cette dimension spirituelle demeure particulièrement forte dans un pays où les pratiques religieuses occupent une place importante dans la vie sociale. « Pour moi, c’est d’abord l’Assomption. Je commence la journée à l’église avec la messe. C’est un moment important pour prier, remercier Dieu et confier ma famille à la Vierge Marie. Après la messe, je rentre tranquillement à la maison », témoigne un fidèle catholique.

À Savalou, l’igname porte la mémoire du terroir

Mais impossible de parler du 15 août au Bénin sans évoquer Savalou, dans les Collines. Dans cette partie du pays, la fête de la nouvelle igname constitue un temps fort du calendrier culturel. La première récolte n’est pas seulement destinée à remplir les assiettes : elle renvoie à la terre, à la reconnaissance, à la mémoire des ancêtres et à la transmission des savoirs.

L’igname pilée devient ainsi un véritable marqueur identitaire. Autour du plat se retrouvent familles, amis, visiteurs et membres de la diaspora. La fête contribue également à l’activité économique locale, notamment pour les producteurs, restaurateurs, commerçants et acteurs de l’hébergement. Et cette tradition ne reste plus confinée à Savalou. Dans les grandes villes, notamment à Cotonou, des familles, restaurants et espaces culturels reproduisent l’ambiance de la fête autour de l’igname nouvelle. Une manière pour les citadins de rester connectés à leur terroir sans nécessairement effectuer le déplacement.

Après la messe, place aux retrouvailles

Pour beaucoup de familles, le véritable rendez-vous commence après les célébrations religieuses ou culturelles. Le 15 août devient alors une occasion de réunir ceux que le rythme du travail, les études ou la distance éloignent habituellement. « Le 15 août, c’est surtout la famille. Les enfants qui sont ailleurs reviennent, on prépare un bon repas et on passe du temps ensemble. Même si on n’est pas tous catholiques pratiquants, cette journée nous donne une raison de nous retrouver », explique une mère de famille.Cette parole résume une évolution importante : la dimension familiale de la fête peut dépasser les convictions religieuses. Le repas partagé, les visites et les retrouvailles deviennent eux-mêmes des rites sociaux.

Une journée que les jeunes réinventent

Pour la jeunesse urbaine, le 15 août offre également une autre possibilité : sortir. Plages, restaurants, maquis, concerts, animations culturelles et rencontres entre amis donnent à la journée une tonalité plus festive. « Je pense que chacun vit le 15 août selon ses convictions. Certains vont à la messe, d’autres restent en famille, d’autres sortent. Moi, je dirais que c’est un mélange de tout ça », résume un jeune citadin. Cette diversité montre que la tradition ne disparaît pas forcément avec la modernité. Elle change de forme. Les jeunes peuvent conserver certains symboles hérités de leurs parents tout en développant leurs propres manières de célébrer.

Et pour certains, c’est simplement le temps de souffler

Il serait toutefois réducteur de considérer que tous les Béninois font du 15 août une grande journée de célébration. Pour certains travailleurs, ce jour férié représente surtout une occasion de récupérer, de dormir, de rester chez soi ou de rendre visite à quelques proches. Le repos fait donc partie intégrante de la manière dont cette journée est vécue. Dans une société où le rythme professionnel laisse parfois peu de temps aux familles, un jour chômé devient une rare opportunité de ralentir.

Transmettre sans renoncer à la modernité

Au-delà de la fête, certains y voient surtout une question de transmission. « Ce qui compte pour moi, c’est la transmission. Je veux que mes enfants comprennent pourquoi nous célébrons cette journée, mais aussi qu’ils connaissent nos traditions. La modernité ne doit pas nous faire oublier nos racines », insiste un père de famille. Cette réflexion donne au 15 août une portée particulière. Entre la messe, les cérémonies traditionnelles, l’igname, les repas familiaux, les sorties et le repos, chaque génération semble y trouver son compte.

Une même date, plusieurs façons de célébrer

Au fond, le 15 août est peut-être l’un des meilleurs miroirs du Bénin contemporain. La foi y côtoie la tradition, la tradition dialogue avec la modernité et la fête devient un prétexte aux retrouvailles. Pour certains, la journée commence à l’église. Pour d’autres, elle se poursuit autour d’un plat d’igname. D’autres encore prennent la route, sortent entre amis ou choisissent simplement de rester à la maison. Une chose demeure pourtant commune : le besoin de se retrouver, de partager et de donner du sens à une journée qui, au Bénin, est devenue bien plus qu’une simple date du calendrier.

Firmin DANNON

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