Pendant trois jours, du vendredi 21 au dimanche 23 août 2026, la Grotte Notre-Dame d’Arigbo a été au cœur du pèlerinage marial national. Des milliers de fidèles venus de plusieurs régions du Bénin et de la sous-région ont convergé vers la cité des Collines pour prier, se recueillir et participer aux célébrations religieuses. Mais derrière cette ferveur spirituelle se joue une autre réalité, plus discrète : une intense activité économique dont bénéficient directement de nombreux habitants.
Quand la foi fait tourner le commerce local
À Dassa-Zoumè, le pèlerinage ne se limite pas à l’enceinte du sanctuaire. L’arrivée massive des visiteurs crée, pendant plusieurs jours, un marché exceptionnel. Commerçants, vendeuses de nourriture, artisans, transporteurs, propriétaires de chambres et petits prestataires profitent de cette concentration inhabituelle de consommateurs.
Le phénomène n’est pas nouveau. Des observations réalisées lors des précédentes éditions montrent que le pèlerinage constitue une véritable saison de bonnes affaires pour une partie des acteurs économiques de la ville. En 2018 déjà, des professionnels de l’hôtellerie rapportaient des réservations effectuées plusieurs jours avant le début des célébrations, certaines structures affichant rapidement complet.
Cette année encore, l’affluence attendue a donc représenté une opportunité pour les petits commerces et les activités génératrices de revenus. Dans une économie locale où une partie importante des transactions repose sur les petits opérateurs, quelques jours de forte demande peuvent représenter une part non négligeable des recettes mensuelles.
Hôtels, auberges et chambres d’accueil sous pression
Le premier secteur à ressentir l’effet du pèlerinage est celui de l’hébergement. Hôtels, auberges, foyers paroissiaux et logements proposés temporairement aux visiteurs sont particulièrement sollicités.
Les pèlerins organisés en groupes paroissiaux peuvent privilégier les solutions collectives, tandis que d’autres recherchent davantage de confort. Lorsque les capacités d’accueil classiques atteignent leurs limites, les familles disposant d’une chambre disponible peuvent également accueillir des visiteurs.
Cette situation crée un effet économique en chaîne : l’hébergement génère des revenus pour les propriétaires, mais aussi du travail temporaire pour le personnel d’accueil, les agents d’entretien, les cuisiniers, les gardiens et d’autres prestataires. Le pèlerinage agit ainsi comme un accélérateur ponctuel de l’activité dans plusieurs métiers liés à l’accueil.
Restaurants et vendeuses de rue : les petites mains en première ligne
Autour du sanctuaire et dans les différents points de passage, la restauration connaît elle aussi un regain d’activité. Eau, boissons, repas, fruits, sandwiches et autres produits alimentaires deviennent indispensables à une foule appelée à rester plusieurs heures, voire plusieurs jours sur place.
Pour les vendeuses et petits restaurateurs, l’enjeu est simple : répondre rapidement à une demande exceptionnelle. Le pèlerinage transforme ainsi temporairement certains espaces en véritables zones commerciales où les activités se multiplient.
C’est également une occasion pour certaines personnes de changer momentanément d’activité. Des expériences documentées lors d’éditions antérieures montrent qu’une partie des habitants se transforme, le temps du pèlerinage, en vendeurs ou prestataires pour profiter de cette clientèle inhabituelle.
Chapelets, bougies et souvenirs : l’artisanat profite aussi de l’affluence
Le caractère religieux de l’événement crée naturellement une demande pour les articles de piété. Chapelets, images religieuses, bougies, crucifix, statuettes et autres objets liés à la dévotion trouvent facilement preneurs auprès des pèlerins.
À cela s’ajoutent les produits artisanaux et les articles divers proposés aux visiteurs. Le site et ses environs prennent alors l’allure d’une foire commerciale temporaire.
Pour les vendeurs, l’avantage est double : ils bénéficient d’un public nombreux et concentré dans un même espace. Pour les acheteurs, cette concentration permet de trouver en un seul endroit une grande variété de produits. Cette dynamique contribue à faire circuler davantage d’argent dans l’économie locale pendant la période du pèlerinage.
Transport : des milliers de déplacements qui profitent aux opérateurs
L’impact économique commence d’ailleurs avant l’arrivée à Dassa-Zoumè. Pour rejoindre la cité des Collines, les pèlerins utilisent des bus, taxis-brousse, véhicules affrétés par les paroisses ou moyens de transport individuels.
Une fois dans la ville, les déplacements entre les lieux d’hébergement, le sanctuaire, les marchés et les différents points de rassemblement sollicitent également les transporteurs locaux et les conducteurs de taxi-motos.
Le pèlerinage constitue donc un important générateur de mobilité. Plus le nombre de visiteurs augmente, plus les besoins en transport, stationnement, orientation et logistique deviennent importants. L’activité bénéficie ainsi à plusieurs catégories de travailleurs, parfois éloignées du secteur religieux.
Une manne économique réelle, mais essentiellement temporaire
Il faut toutefois éviter de présenter le pèlerinage comme une source permanente de richesse pour Dassa-Zoumè. Son impact est avant tout saisonnier et concentré sur quelques jours.
L’affluence provoque une hausse brutale de la demande, mais cette demande retombe une fois les pèlerins repartis. C’est pourquoi l’enjeu pour les acteurs locaux consiste à transformer ce pic d’activité en opportunité durable : améliorer la qualité des services, fidéliser les visiteurs, valoriser les produits locaux et surtout faire de Dassa-Zoumè une destination touristique au-delà du seul rendez-vous religieux.
Le sanctuaire Notre-Dame d’Arigbo possède d’ailleurs un ancrage historique important. Le centre de pèlerinage marial a été créé en 1954 et le site demeure aujourd’hui l’un des grands lieux de dévotion catholique du Bénin.
Des retombées qui dépassent les seuls commerçants
L’effet économique du pèlerinage ne se mesure donc pas uniquement aux ventes réalisées autour de la grotte. Il concerne toute une chaîne : transporteurs, hébergeurs, restaurateurs, commerçants, artisans, employés temporaires, fournisseurs et producteurs.
Lorsque plusieurs milliers de personnes arrivent dans une ville en quelques jours, elles consomment, se déplacent, dorment, mangent et achètent. Une partie de l’argent dépensé circule ensuite entre différents acteurs locaux.
L’édition 2025 illustre l’ampleur que peut prendre cette mobilisation. Vatican News rapportait alors une estimation de plus de 700 000 pèlerins, selon le recteur du sanctuaire, avec des participants venus des dix diocèses du Bénin ainsi que de plusieurs pays voisins. Il s’agit d’une estimation déclarative et non d’un comptage indépendant, mais elle donne une idée du potentiel économique exceptionnel associé à ce rendez-vous.
Le défi : mieux organiser cette économie de pèlerinage
Cette forte activité pose néanmoins des défis. Lorsque l’offre devient insuffisante face à une demande exceptionnelle, les prix de certains services ou produits peuvent augmenter. La pression sur les hébergements, les transports, l’eau, la restauration et la gestion des déchets peut également devenir importante.
L’enjeu pour les autorités locales et les acteurs économiques est donc de mieux structurer cette économie temporaire. Des espaces commerciaux organisés, une meilleure information sur les prix, des solutions d’hébergement adaptées, une gestion efficace des déchets et une organisation renforcée des transports permettraient de faire profiter davantage la population de l’affluence.
Le pèlerinage marial d’Arigbo est avant tout une rencontre de foi. Mais à Dassa-Zoumè, il est aussi devenu un puissant moment de circulation des personnes et des revenus. Pendant quelques jours, la prière rassemble les fidèles tandis que le commerce fait vivre des centaines d’acteurs. La véritable question n’est donc plus de savoir si le pèlerinage produit des retombées économiques, mais comment mieux les organiser et les inscrire dans le développement durable de la cité des Collines.
Firmin DANNON









