Au lendemain des élections législatives du 27 octobre 2026, aucun camp ne dispose de la majorité nécessaire pour gouverner. Dans ce contexte d’incertitude, le président Isaac Herzog se retrouve au centre des négociations. Un rôle déterminant pour celui qui, en principe, occupe une fonction essentiellement institutionnelle.
En Israël, les urnes n’ont pas encore livré la clé du prochain gouvernement. Les résultats définitifs des élections législatives confirment un Parlement sans majorité absolue. Le bloc du Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahu, obtient 53 sièges, tandis que l’opposition conduite par Gadi Eisenkot en décroche 48. Les partis arabes disposent, quant à eux, de 19 sièges. Or, pour gouverner, il faut réunir au moins 61 députés sur les 120 que compte la Knesset, le Parlement israélien. Aucun des deux principaux camps n’atteint ce seuil.
Cette configuration ouvre une nouvelle séquence de tractations politiques. Netanyahu cherche à préserver son pouvoir, tandis que Gadi Eisenkot tente de construire une majorité alternative. Les 19 élus des formations arabes représentent un poids parlementaire considérable. Toutefois, leur participation à une coalition reste politiquement sensible. D’autres scénarios, notamment une coalition d’union nationale ou des ralliements individuels, pourraient également être discutés.
Dans ce jeu d’équilibre, Isaac Herzog détient une responsabilité particulière. Élu président le 2 juin 2021 avec 87 voix à la Knesset, puis entré en fonction le 7 juillet suivant, il est le onzième président de l’État d’Israël. Ancien dirigeant du Parti travailliste et ancien chef de l’opposition, il connaît les mécanismes de la vie politique nationale. Bien que la présidence soit principalement honorifique, la Constitution lui confie une mission décisive lorsque les élections ne dégagent aucune majorité : consulter les représentants des partis et désigner le député auquel reviendra la première tentative de formation du gouvernement.
Mais cette mission dépasse le simple choix d’un nom. Selon les règles institutionnelles israéliennes, le député désigné dispose initialement de 28 jours pour constituer une coalition, avec une prolongation possible de 14 jours. Il doit convaincre suffisamment de formations politiques pour obtenir la confiance de la Knesset. En cas d’échec, une autre personnalité peut être appelée à tenter sa chance. L’absence d’accord pourrait finalement conduire à de nouvelles élections.
À 66 ans, Isaac Herzog n’aborde pas cette séquence sans expérience des tensions politiques. Son parcours reste toutefois marqué par la controverse autour de la guerre à Gaza. Après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, il avait déclaré que toute une nation était responsable. En septembre 2025, une commission d’enquête indépendante de l’ONU a estimé que certaines de ses déclarations constituaient une incitation directe et publique au génocide. Cette conclusion, qui relève de l’analyse de la commission, constitue un élément important du contexte dans lequel s’inscrit aujourd’hui sa présidence.
Pour l’heure, le président appelle les responsables politiques à faire preuve d’ouverture et à tout entreprendre pour éviter un nouveau scrutin. Une préoccupation qui trouve un écho dans l’histoire familiale : son père, Chaim Herzog, alors président d’Israël, avait déjà été confronté à une situation parlementaire sans majorité claire après les élections de 1988. Il avait alors accompagné la formation d’un gouvernement d’union entre le Likoud et les travaillistes.
Désormais, Isaac Herzog doit composer avec des intérêts politiques divergents, des alliances difficiles et une société profondément divisée. Son choix ne déterminera pas à lui seul l’identité du prochain Premier ministre, mais il donnera le coup d’envoi d’une étape décisive. En Israël, le scrutin est terminé. La bataille pour le pouvoir, elle, ne fait que commencer.
Firmin DANNON









