La mobilisation sociale a franchi un nouveau cap en France ce samedi 31 octobre 2026. Syndicats, étudiants, lycéens et Gilets jaunes ont investi les rues pour le troisième acte d’un mouvement contre la vie chère et la précarité. Selon le gouvernement, 320 000 personnes ont manifesté dans le pays, dont 70 000 à Paris. L’intersyndicale avance, de son côté, un bilan proche du demi-million de participants. Derrière ces chiffres, une contestation qui cherche désormais à élargir ses rangs et à s’inscrire dans la durée.
Trois semaines après le début de cette séquence de mobilisation, la contestation ne se limite plus aux revendications de la jeunesse. Le mouvement rassemble désormais plusieurs catégories de la population autour de préoccupations communes : le pouvoir d’achat, les conditions d’études, la précarité et la dégradation des services publics. Cette convergence des luttes traduit un mécontentement qui dépasse largement le cadre universitaire et scolaire. Pour les organisations mobilisées, il s’agit de faire entendre une colère sociale qui, selon elles, s’est accumulée au fil des années.
Paris sous haute surveillance
La capitale a constitué l’un des principaux points d’attention de cette journée. Le parcours initialement proposé par les organisateurs, entre Bastille et Nation, a finalement été interdit. Après plusieurs rebondissements judiciaires, le Conseil d’État a annulé la décision du tribunal administratif de Paris qui avait autorisé ce tracé. Le cortège a donc pris le départ à la porte de Bagnolet, en direction de la porte de Charenton.
Cette décision a provoqué de vives réactions dans les rangs de la gauche. Le député insoumis Éric Coquerel l’a notamment qualifiée de « gravissime ». De son côté, le secrétaire général des Républicains, Othman Nasrou, a soutenu les mesures destinées à prévenir les violences, tout en regrettant que les autorités soient contraintes de modifier les itinéraires des manifestations.
La sécurité a également mobilisé d’importants moyens. Le ministère de l’Intérieur a déployé 70 000 policiers et gendarmes sur l’ensemble du territoire. Les autorités redoutaient des débordements à l’occasion d’Halloween, notamment après des appels à la « révolution » et à l’« insurrection » relayés sur les réseaux sociaux. Plus de 40 stations de métro parisiennes ont par ailleurs été fermées, tandis que des contrôles préventifs ont été organisés dans plusieurs gares.
Des tensions en fin de parcours
Malgré un début de journée relativement calme, la situation s’est tendue à Paris en fin d’après-midi. À l’arrivée du cortège, porte de Charenton, des affrontements ont opposé des manifestants aux forces de l’ordre. Selon des journalistes de l’AFP présents sur place, des participants ont arraché des pavés pour les lancer sur les policiers. Un engin incendiaire a également été projeté. Les forces de l’ordre ont riposté avec des gaz lacrymogènes et plusieurs charges.
Ces incidents contrastent avec le bilan provisoire communiqué à 14 heures par le ministère de l’Intérieur, qui faisait état de 15 000 participants et de 65 actions recensées, dans une situation jugée globalement calme. À cette heure-là, 27 interpellations avaient déjà été enregistrées.
La mobilisation appelée à se poursuivre
Loin de considérer cette journée comme un aboutissement, les organisations mobilisées préparent déjà la suite. L’Union étudiante et les syndicats lycéens ont annoncé des appels au blocage des établissements scolaires et universitaires les 3 et 5 novembre. Une nouvelle manifestation est également prévue le 5 novembre à l’appel des travailleurs.
Les Gilets jaunes souhaitent, quant à eux, organiser une « assemblée des assemblées » les 21-22 ou 28-29 novembre afin de fédérer les différentes luttes.
Si la mobilisation du 31 octobre reste inférieure à celle du 24 octobre, les chiffres témoignent néanmoins de l’ampleur du mécontentement. Le véritable enjeu est désormais de transformer cette mobilisation ponctuelle en un mouvement durable, capable de maintenir la pression sur les autorités et d’obtenir des réponses concrètes aux revendications sociales.
Firmin DANNON









