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Crise du maïs au Bénin: entre chute des prix et défis de transformation

Le prix du maïs connaît une baisse drastique sur le marché national en ce mois d’avril 2026. Le kilogramme s’échange actuellement entre 100 et 125 francs Cfa contre plus de 250 francs Cfa habituellement. Cette situation fragilise les producteurs qui font face à un excédent de stocks invendus. L’entrepreneure Rachel Wolohoun analyse les causes de cette mévente et propose des solutions de conservation.

L’augmentation massive de l’offre locale explique cette chute brutale des cours. L’interdiction d’exportation décidée par le gouvernement a maintenu toute la production nationale sur le territoire. Parallèlement, la saison 2025 a bénéficié de conditions climatiques exceptionnelles, favorisant des récoltes records. « Les producteurs n’ont plus d’autre choix que de liquider leurs stocks à vil prix », déplore Rachel Wolohoun. Cette abondance inhabituelle paralyse l’écosystème commercial et décourage les investissements agricoles.

Face à la mévente, la maîtrise des techniques de stockage devient une priorité absolue pour limiter les pertes. Rachel Wolohoun préconise l’utilisation de récipients hermétiques comme les bidons de 25 litres ou des tonneaux. Elle recommande l’ajout de piment sec pour éloigner naturellement les charançons sans recourir aux produits chimiques. « Le séchage rigoureux avant le conditionnement est la clé d’une conservation réussie », précise l’entrepreneure. Cependant, un stockage trop prolongé peut altérer la qualité culinaire de la céréale, notamment la tendreté de la pâte.

La transformation artisanale apparaît comme une alternative prometteuse pour écouler le surplus de production. Rachel Wolohoun transforme elle-même son maïs en farine conditionnée et en granulés d’Akassa sec. Son produit phare, le « aclui » , rencontre un vif succès auprès d’une clientèle cherchant des produits prêts à l’emploi. Elle souligne également les vertus thérapeutiques de ces dérivés, notamment pour le soulagement de certains troubles digestifs. « Nous devons valoriser nos produits locaux pour atteindre une échelle de transformation industrielle », exhorte-t-elle.

Malgré ces opportunités, l’incertitude pèse lourdement sur la prochaine campagne agricole nationale. De nombreux exploitants, déçus par les revenus actuels, délaissent le maïs pour d’autres cultures comme l’ananas ou le manioc. Le retard des pluies observé cette année renforce les inquiétudes sur la disponibilité future de la céréale de base.

Rachel Wolohoun appelle les acteurs à ne pas céder au découragement tout en diversifiant leurs activités. La pérennité de la sécurité alimentaire béninoise dépendra de la capacité du secteur à se structurer davantage.

Donatien Fernando SOWANOU

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