Accueil / Grands Débats / Éducation au Bénin : le Professeur Bienvenu Antonio plaide pour une école endogène

Éducation au Bénin : le Professeur Bienvenu Antonio plaide pour une école endogène

L’école béninoise souffre encore d’une extraversion héritée de la colonisation selon le Professeur Bienvenu Antonio. L’universitaire à la retraite analyse le projet éducatif du nouveau président Romuald Wadagni. S’il salue l’ambition technologique du programme, il s’inquiète de l’absence d’un ancrage culturel profond. Pour le philosophe, la refondation du citoyen béninois passe impérativement par une réappropriation de nos valeurs identitaires dans les programmes scolaires.

Le constat du Professeur Antonio est sans appel. Le système éducatif actuel déracine l’enfant de son milieu naturel. Depuis les indépendances, les programmes scolaires resteraient largement calqués sur des modèles étrangers, déconnectés des réalités locales. L’enseignant regrette que l’école n’initie pas l’élève à sa propre culture, comme l’apprentissage des panégyriques familiaux ou des langues maternelles. « L’enfant ne se retrouve plus dans ses propres paradigmes », déplore-t-il avec amertume. Cette déconnexion transformerait les diplômés en citoyens plus aptes à servir l’Europe qu’à développer le Bénin.

Le projet de société de Romuald Wadagni, très tourné vers l’intelligence artificielle et le numérique, suscite chez l’universitaire une certaine réserve. Bien que moderne, cette vision technologique risquerait d’accentuer l’extraversion si elle n’est pas balisée par des lois strictes. Le Professeur craint que le virtuel ne finisse par créer un « Bénin fictif » dénué d’âme et de repères éthiques. « Il faut faire attention entre la pensée et la réalité », prévient le panafricaniste convaincu. Il appelle le nouveau pouvoir à inscrire l’endogénéisation des savoirs dans des textes législatifs contraignants.

Au-delà des frontières nationales, Bienvenu Antonio voit dans le panafricanisme le seul véritable rempart contre la mondialisation effrénée. Il fustige les barrières douanières et monétaires qui entravent la libre circulation entre pays frères comme le Bénin et le Nigéria. Pour lui, le franc Cfa reste un symbole de dépendance économique qui limite la souveraineté réelle des États africains. Le panafricanisme ne doit pas être un « vain mot », mais un moteur de ralliement politique et économique. L’intellectuel invite ainsi la jeunesse à s’approprier ce combat pour l’indépendance totale du continent.

L’universitaire annonce la tenue prochaine d’un grand colloque panafricain co-organisé par des institutions du Bénin et du Nigéria. Cette rencontre vise à renforcer le dialogue entre les peuples et à proposer des solutions concrètes pour une Afrique plus unie. Le président élu et sa vice-présidente sont d’ores et déjà invités à prendre part à ces réflexions stratégiques. « L’Afrique a une âme et il faut la défendre », conclut le Professeur Antonio.

Ce plaidoyer sonne comme une interpellation directe à la nouvelle administration pour une éducation véritablement au service du développement endogène.

Donatien Fernando SOWANOU

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *