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Droits et identité des LGBTQ+ : « L’homosexualité n’est pas un délit au Bénin, mais le défi reste social », Passita Gonzales

Alors que le débat sur l’orientation sexuelle enflamme régulièrement l’opinion publique en Afrique de l’Ouest, le Bénin maintient une position singulière, entre silence législatif et réalités de terrain. Pour Inf’au Zénith, Passita Gonzales, membre de la communauté LGBTQ+ et figure engagée, brise les tabous. Dans cet entretien sans détour, elle décrypte les paradoxes d’une société en pleine mutation et dénonce l’instrumentalisation politique des questions d’identité.

Dans le dédale des interprétations juridiques, la question de la légalité reste centrale. Pour Passita Gonzales, il est temps de clarifier les esprits: « L’homosexualité n’est pas considérée comme un délit au Bénin ». Si aucun texte ne la criminalise, ce silence législatif n’est pas pour autant un blanc-seing. « Les discriminations existent et sont beaucoup plus d’ordre social », précise-t-elle. Toutefois, cette absence de condamnation légale ne signifie pas une acceptation totale. L’activiste souligne une nuance importante. Si la loi est silencieuse, « les discriminations existent et sont beaucoup plus d’ordre social ». Les personnes LGBT évoluent ainsi dans un environnement où la pression de la société supplée souvent l’absence de sanctions pénales.

L’orientation sexuelle : une réalité au-delà des conditions
Sur l’éventuelle fixation de « conditions » sur l’homosexualité comme forme de criminalisation indirecte, Passita Gonzales rejette cette approche. Pour elle, l’homosexualité ne saurait être soumise à des conditions législatives particulières, au même titre que l’hétérosexualité ou la bisexualité. « Ce n’est pas une profession. Je ne sais pas comment on peut fixer des conditions sur l’homosexualité puisque c’est une orientation sexuelle comme toute autre ».

Elle réfute ainsi l’idée d’une criminalisation indirecte par le vide juridique. Selon ses propos, la réalité humaine prime sur le débat législatif. Les personnes LGBT existent, vivent leur identité et s’intègrent dans la société béninoise, malgré les débats conceptuels. Elle insiste sur le fait que l’orientation sexuelle est une composante intrinsèque de l’individu qui ne nécessite pas de cadre restrictif pour être reconnue comme une réalité vécue.

Le spectre de 2026: entre exception béninoise et crainte du populisme
Alors que plusieurs pays de la sous-région durcissent leur législation notamment le Sénégal dernièrement, une question demeure se pose: le Bénin peut-il basculer ? Pour Passita Gonzales, la crainte est permanente, mais elle mise sur la singularité du pays. « Le Bénin a toujours fait partie des exceptions dans son histoire ; il ne s’aligne pas forcément sur ce que font les autres », souligne-t-elle, rappelant que le pays tient compte de sa propre culture et de ses citoyens.

Cependant, l’activiste pointe du doigt un danger précis. Il s’agit de l’instrumentalisation politique. Selon elle, la criminalisation observée ailleurs n’est pas le fruit d’une nécessité sociale, mais de « calculs personnels de dirigeants qui jouent la carte du populisme pour asseoir leur légitimité ». Pour Passita Gonzales, le développement du Bénin ne peut se construire sur une intrusion de l’État dans l’intimité des citoyens: « La gouvernance ne doit pas se baser sur ce qu’un tel fait de son sexe, de ses émotions ou de son amour dans sa chambre ».

Une orientation sexuelle, pas un statut à « conditions »
Face à l’idée de fixer des « conditions » ou un cadre légal spécifique à l’homosexualité, Dame Gonzales oppose une fin de non-recevoir logique. Pour elle, une telle démarche serait absurde. « Ce n’est pas une profession », martèle-t-elle, ajoutant qu’il serait impensable de vouloir fixer des conditions à l’hétérosexualité ou à la bisexualité.

Pour Passita Gonzales, l’orientation sexuelle est une réalité humaine intrinsèque qui ne peut être enfermée dans des critères administratifs. Elle rejette donc l’idée d’une « criminalisation indirecte » par le manque de cadre, préférant mettre l’accent sur l’existence concrète et quotidienne des personnes concernées au sein de la société béninoise. « Les gens vivent, les gens sont », conclut-elle, appelant à une reconnaissance de la personne humaine au-delà des étiquettes juridiques.

Sécurité et justice: le droit de porter plainte, une réalité à double tranchant
L’une des grandes interrogations pour les minorités sexuelles concerne leur rapport avec les forces de l’ordre. Sur ce point, Passita Gonzales est catégorique: « Oui, on a la latitude, comme tout citoyen béninois, de porter plainte ». Elle rappelle que les lois nationales, protectrices contre toute forme d’agression ou de violence, appartiennent à tous les citoyens sans distinction.

Cependant, l’activiste ne cache pas les embûches du terrain. Si le droit à réparation du préjudice est garanti par les textes, elle reconnaît que des « difficultés au niveau de la police » peuvent surgir lors de la procédure. Une nuance qui souligne le fossé persistant entre le droit écrit et l’accueil parfois réservé aux victimes LGBT dans les commissariats.

Santé et VIH: vers une prise en charge plus humaine
Le combat des organisations LGBT au Bénin est historiquement lié à la lutte contre le Vih/Sida. Passita Gonzales rappelle que la stigmatisation et la discrimination ont longtemps constitué des barrières majeures, limitant l’accès aux centres de santé et aux soins de qualité. « Le droit à la santé est un droit fondamental », insiste-t-elle, précisant que priver une personne de soins en raison de son identité est un préjudice grave.

Fort heureusement, le tableau s’éclaircit grâce à une collaboration accrue entre les structures communautaires et les institutions étatiques. Des organismes tels que le Programme Santé de Lutte contre le Sida (Psls), Plan International Bénin et le ministère de la Santé travaillent désormais main dans la main avec les associations pour sensibiliser et former les agents de santé. Malgré ces avancées et une meilleure intégration dans le circuit de prise en charge,

Passita Gonzales souligne que le travail de sensibilisation doit se poursuivre pour éradiquer les derniers réflexes discriminatoires basés sur les convictions personnelles des soignants.

Donatien Fernando SOWANOU

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