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École béninoise : enseigner sans frapper, mission possible… mais sous tension

La non-violence éducative s’impose progressivement dans les écoles béninoises. Mais sur le terrain, la transition est loin d’être simple. Entre abandon des anciennes pratiques et quête d’une autorité nouvelle, les enseignants naviguent à vue. Témoignage sans détour de Crépin Gnimadi, instituteur au primaire, au micro du journaliste Firmin Dannon.

Changer les réflexes, pas seulement les règles

Pour cet enseignant, la non-violence éducative ne doit pas être perçue comme une contrainte imposée, mais comme une évolution nécessaire. Elle consiste à enseigner et corriger sans recourir aux coups, aux insultes ou aux humiliations.

Mais au-delà des textes, c’est un véritable changement de mentalité qu’il appelle de ses vœux.
“Il faut abandonner certaines habitudes”, confie-t-il, conscient que les pratiques héritées du passé restent encore bien ancrées dans certaines salles de classe.

Sanctionner autrement, encourager davantage

Dans son quotidien, Crépin Gnimandi tente d’appliquer des méthodes alternatives. Retenir un élève après les cours, lui accorder un temps de réflexion pendant la récréation, avertir les parents : autant de leviers pour maintenir la discipline sans violence.

Il insiste aussi sur l’importance de la valorisation : encourager les élèves méritants, offrir de petites récompenses, reconnaître les efforts. Une approche qui vise à renforcer les comportements positifs plutôt que de se focaliser uniquement sur les erreurs.

Cependant, certaines pratiques comme mettre un élève à genoux subsistent encore, preuve que la rupture avec les anciennes méthodes n’est pas totalement consommée.

Une autorité en perte de repères

Le constat est sans appel : l’autorité de l’enseignant est aujourd’hui fragilisée.
Les élèves, mieux informés de leurs droits, savent que les sanctions physiques sont proscrites. Une évolution salutaire, mais qui, selon lui, a aussi des effets pervers.

“La peur a disparu, mais le respect n’est pas toujours au rendez-vous”, observe t-il.
Dans certaines classes, cela se traduit par un relâchement du cadre et une baisse du niveau scolaire.
Face à ces défis, l’enseignant doit redoubler d’ingéniosité pour maintenir l’ordre et capter l’attention.

Sensibiliser et revaloriser

Pour sortir de cette impasse, Crépin Gnimadi appelle à une mobilisation plus large. Il plaide pour des campagnes de sensibilisation à la radio et à la télévision, afin d’impliquer les enfants, les parents et toute la société.
Mais surtout, il insiste sur la nécessité de redonner du prestige à la fonction enseignante. Car sans reconnaissance sociale, l’autorité pédagogique perd de sa force.

Trouver l’équilibre

Entre exigence et bienveillance, la ligne est étroite.
Pour cet instituteur, l’objectif reste clair : éduquer efficacement sans traumatiser.
“L’enfant doit être encadré, mais sans porter de cicatrices”, résume-t-il.

Dans une école béninoise en pleine mutation, la non-violence éducative apparaît ainsi comme un cap à tenir. Un défi quotidien, où chaque enseignant doit inventer, adapter et parfois réapprendre son métier… pour construire une génération à la fois disciplinée et respectée.

Firmin DANNON

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