Trente-deux ans après la chute de l’apartheid, l’Afrique du Sud se débat avec ses vieux démons. Une nouvelle vague de violences xénophobes déferle sur plusieurs provinces, du KwaZulu-Natal à Pretoria, transformant le quotidien des migrants africains en un véritable chemin de croix. Entre pillages de commerces et expulsions forcées, le mouvement « Dudula » ravive une fracture que même l’héritage de Nelson Mandela peine à colmater.
Le tableau est sombre et les témoignages glaçants. Dans les townships de Durban et de l’Eastern Cape, le climat de terreur est devenu la norme pour des milliers de ressortissants venus du Nigeria, de la Somalie, du Zimbabwe ou encore du Sénégal. Au cœur de cette tempête, le mouvement « Dudula » dont le nom en zoulou signifie « expulser » mène une croisade hostile, désignant l’étranger comme l’unique responsable des maux de la société : chômage endémique, insécurité galopante et précarité économique.
Les « spaza shops » : cibles d’une colère aveugle

Le paradoxe d’une mémoire courte
Partout, les commerces de proximité, ces célèbres « spaza shops » tenus par des expatriés, sont pris pour cible. Pillés, incendiés ou fermés sous la menace de groupes armés, ils cristallisent une haine qui ne s’embarrasse plus de distinctions de nationalité. Du commerçant tanzanien au boutiquier congolais, personne n’est épargné. À Durban, le silence des rideaux de fer baissés témoigne de la démission forcée d’une classe de travailleurs qui, hier encore, contribuait à l’économie locale.
Plusieurs observateurs pointent du doigt l’ironie tragique de la situation. Dans ce pays marqué par la ségrégation raciale institutionnalisée, le rejet cible désormais le « frère noir » venu du reste du continent. Un paradoxe visuel saisissant émerge parfois au milieu du chaos : des vidéos montrent des Sud-Africains blancs s’interposant pour protéger des migrants noirs face à la fureur de groupes locaux. Une scène qui bouleverse les schémas préconçus et souligne la complexité d’une crise où la xénophobie semble avoir suplanté la question raciale.

Le rappel à l’ordre de Cyril Ramaphosa
Face à cette escalade qui ternit l’image du pays sur la scène internationale, le président Cyril Ramaphosa est monté au créneau lors de la Journée de la liberté, ce 27 avril. Le chef de l’État a rappelé une vérité historique souvent occultée par la colère sociale: sans le soutien des nations africaines, la lutte contre l’apartheid n’aurait sans doute pas connu la même issue. « Nous avons un devoir de fraternité envers ceux qui nous ont accueillis en exil », a martelé le président, tout en reconnaissant les tensions socio-économiques réelles qui minent le pays.
De son côté, le ministère de la Police a durci le ton, interdisant toute forme de justice privée. « Aucun groupe n’est autorisé à se substituer à l’État de droit », a rappelé l’institution, dans une tentative de reprendre le contrôle d’une rue qui semble de plus en plus s’affranchir de l’autorité légale.
Donatien Fernando SOWANOU









