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Mesures alternatives aux punitions corporelles : le regard croisé des enseignants

Face aux limites de la sanction répressive, la pédagogie moderne prône désormais des méthodes centrées sur la réparation et le dialogue. Psychologie scolaire, retour aux sources culturelles et rigueur administrative, trois enseignants partagent leurs approches pour corriger l’enfant sans briser son élan.

La punition doit-elle être une souffrance ou une leçon ? Pour Samuel Dakpogan, enseignant de français dans le secondaire, la distinction est capitale. Selon lui, une sanction « utile » doit viser la responsabilisation et la progression de l’élève. Sa méthode repose sur une approche humaniste. Au lieu de frapper, il interroge. « Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu agisses ainsi ? », demande-t-il systématiquement pour ouvrir un espace de dialogue.

Cette quête de sens permet d’identifier l’origine de l’indiscipline et de proposer un geste de réparation concret, comme des excuses sincères ou un acte d’entraide envers l’offensé, renforçant ainsi le lien social au sein de la classe. Pour d’autres praticiens, l’efficacité de la correction réside dans l’anticipation et l’implication. Samuel Dakpogan préconise de définir les règles de vie de concert avec les élèves. En participant à l’élaboration des conséquences de leurs actes, les apprenants se sentent davantage engagés.

À l’opposé de la sanction arbitraire, l’enseignant mise sur la valorisation positive: « une reconnaissance immédiate et sincère par une parole encourageante renforce l’envie de bien faire ». Il s’agit ici de transformer la discipline en un moteur de motivation plutôt qu’en une source de crainte.

De son côté, le Dr Alfred Djossou, enseignant d’Anglais dans les universités, apporte une dimension sociologique et historique au débat. Pour lui, comprendre l’enfant récalcitrant nécessite de plonger dans ses racines. « Il faut toujours faire recours à sa culture et à son histoire », martèle-t-il. Cette vision suggère que les mécanismes traditionnels de régulation sociale, souvent basés sur la parole des aînés et le sens de l’honneur familial, offrent des outils de correction puissants que l’école moderne ne devrait pas ignorer pour ramener l’enfant sur le droit chemin.

Enfin, une approche plus conventionnelle mais structurante subsiste chez certains pédagogues comme Parfait Dossou Agossa. Ce dernier préconise un équilibre entre la fermeté administrative et le soutien moral. Son approche combine les « heures de colle », pour marquer la gravité du manquement par une privation de temps libre, et les « conseils », pour s’assurer que l’élève comprenne la portée de sa faute.

Ce croisement de regards montre que, si les méthodes varient, l’objectif reste commun. Il s’agit en un mot de forger le citoyen de demain par une discipline qui instruit plus qu’elle ne punit.

Donatien Fernando SOWANOU

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