C’est un ouf de soulagement pour le panier de la ménagère, mais un véritable cauchemar pour les commerçantes. Depuis quelques semaine, les prix des produits de grande consommation, notamment le maïs, le gari et le haricot, affichent une baisse spectaculaire sur les marchés. Si les acheteurs jubilent, les vendeuses, elles, broient du noir face à des pertes financières colossales. Constat.
Le vent de la cherté semble avoir tourné, laissant place à une déflation qui surprend plus d’un. Sur les étals, les étiquettes de prix ont été sérieusement revues à la baisse. Le maïs, pilier de l’alimentation locale qui s’échangeait encore récemment autour de 250f la mesure, se négocie désormais entre 125 et 150f selon les points de vente.
Le gari et le haricot suivent la tendance

La chute des prix ne s’arrête pas au grain jaune. Les dérivés du manioc connaissent également une dégringolade notable. Dame Catherine Folly, vendeuse rencontrée sur le marché de Togba, témoigne de cette mutation brutale: « Le prix du gari dit « Sowui » est passé de 300f à 200f. Quant au gari « Fifa », il s’écoule aujourd’hui à 125f contre 200 ou 250f auparavant. » se désole t-elle.

Le rayon des légumineuses n’est pas épargné par cette tendance. Le haricot « Awonlin », autrefois vendu jusqu’à 800f la mesure, a cédé sa place au haricot « Sobo » qui impose désormais son tarif de 500f. De son côté, le haricot rouge se stabilise à 400f, loin des 600f pratiqués il y a quelques semaines. Un constat sans appel: tout est devenu moins cher pour le consommateur.
Des commerçantes « à terre »
Cependant, derrière ce tableau qui réjouit les ménages, se cache une détresse profonde chez les grossistes et détaillantes. Pour ces actrices économiques, cette baisse des prix est synonyme de faillite. « Nous sommes dans une perte totale. Nous avons perdu beaucoup d’argent. Moi principalement, je suis à terre », confie Dame Catherine Folly, la voix empreinte d’amertume.
Le paradoxe est frappant: le bonheur des acheteurs pénalise directement celles qui font vivre le marché. Ces commerçantes, ayant constitué leurs stocks à des prix élevés, se retrouvent aujourd’hui contraintes de brader leurs marchandises pour suivre la tendance du marché, subissant ainsi des marges négatives.
L’impuissance face aux lois du marché

Face à cette situation, les commerçantes se sentent démunies. Si l’intervention de l’État est souvent réclamée lors des flambées de prix, elles reconnaissent ici les limites de l’action publique face à une baisse généralisée. « L’État central ne peut rien y faire. Si c’était trop cher, nous allions crier vers eux », admet Catherine Folly.
Pour l’heure, les commerçantes ne peuvent que subir et espérer une stabilisation des cours qui leur permettrait de limiter la casse. En attendant, sur les marchés locaux, le consommateur est roi, tandis que la vendeuse compte ses pertes.
Donatien Fernando SOWANOU









