Alors que l’Afrique de l’Ouest subit de plein fouet des inondations d’une violence inouïe depuis la fin du mois de juin, le reflux des eaux ouvre la voie à un second sillage tout aussi redoutable : l’urgence sanitaire. En Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo ou au Bénin, la décrue ne signifie pas la fin du danger. Elle marque le début d’une bataille invisible contre les germes, les parasites et les moisissures. Pour éviter que le bilan humanitaire ne s’alourdisse, voici les réflexes vitaux et les consignes de sauvetage à adopter pour protéger votre famille.
Dès que les canaux de drainage débordent et que les rues se transforment en marécages, l’environnement urbain devient un incubateur de pathologies. Quatre menaces majeures guettent les populations sinistrées: le péril fécal, vectoriel, cutané et infectieux enfin le péril respiratoire. Sous l’effet des crues, les eaux de pluie se mélangent aux latrines et aux fosses septiques saturées. Ce cocktail hautement pathogène libère des bactéries responsables de vagues foudroyantes de choléra et de dysenteries bacillaires. Les eaux stagnantes qui mettent des jours, voire des semaines à se retirer forment des gîtes larvaires parfaits. La prolifération massive des moustiques qui s’ensuit entraîne une explosion redoutable des cas de paludisme au sein des foyers. Marcher pieds nus ou les jambes découvertes dans les eaux de ruissellement expose à de graves infections. C’est notamment la porte d’entrée de la leptospirose (la maladie des rats), transmise par contact de la peau ou d’une écorchure avec de l’eau souillée par l’urine des rongeurs. Une fois l’eau retirée, l’humidité s’infiltre profondément dans les infrastructures. Le développement rapide de moisissures toxiques sur les murs des habitations inondées agresse les voies respiratoires, provoquant asthme et infections pulmonaires chroniques.
Eau et nourriture : appliquez la tolérance zéro

Dans les zones sinistrées, la contamination des réseaux d’eau est quasi systématique. Pour couper la route aux bactéries, aucune concession ne doit être faite sur ce que vous ingérez : ne pas consommer l’eau du robinet ou celle des puits locaux après une inondation. Elle est invisiblement mais sûrement polluée; consommer exclusivement de l’eau que vous aurez préalablement portée à ébullition complète pendant au moins une minute pour détruire tous les micro-organismes; si faire bouillir l’eau est impossible, utilisez des comprimés de chlore (de type Aquatabs) pour désinfecter l’eau suspecte avant toute utilisation; s’assurer de jeter sans hésitation tout aliment ayant été en contact avec l’eau de l’inondation et même les boîtes de conserve qui présentent des signes de gonflement ou de rouille doivent être éliminées immédiatement.
Hygiène corporelle
La peau est votre première ligne de défense. Face à la boue et aux eaux résiduelles, quelques règles d’hygiène strictes sauvent des vies : le lavage des mains rigoureux, le blindage corporel c’est-à-dire éviter tout contact direct avec la boue de décrue et enfiler impérativement des bottes en caoutchouc montantes et des gants épais avant de manipuler des débris ou de marcher dans les eaux stagnantes et la traque des coupures. Désinfecter immédiatement la moindre écorchure ou égratignure à l’eau propre et à l’antiseptique. Une plaie négligée en milieu humide et souillée est une porte ouverte au tétanos et aux surinfections bactériennes.
Assainissement de l’habitat : assécher pour survivre
Le retour à la normale passe par une décontamination minutieuse de votre cadre de vie pour stopper la prolifération des vecteurs de maladies : la chasse aux eaux stagnantes; le grand lessivage à la javel et l’aération forcée. Dès la décrue entamée, ouvrez grand toutes les fenêtres de votre habitation. Faire circuler l’air au maximum est indispensable pour sécher l’intérieur, chasser l’humidité ambiante et préserver la santé respiratoire des membres de votre famille, en particulier celle des enfants et des personnes âgées.
Encadré d’alerte (Le réflexe médical)
Consulter immédiatement un centre de santé en cas de fièvre, de diarrhée aqueuse ou de vomissements. L’alerte automédication consiste à ne pas utiliser d’antibiotiques sans avis médical, cela aggrave les résistances bactériennes.
Donatien Fernando SOWANOU









