À la ferme Mahoudo Agro Business, dans l’arrondissement de Takon à Sakété, Hounmenou Abel élève des milliers de cailles depuis plus de huit ans. Entre précocité, production d’œufs, valorisation des fientes et débouchés encore insuffisants, il raconte les réalités d’une activité qui pourrait prendre une autre dimension au Bénin.
Dans les cages de la ferme Mahoudo Agro Business, le calme contraste avec l’intensité du travail quotidien. À Sakété, dans l’arrondissement de Takon, Hounmenou Abel s’est spécialisé dans un élevage encore peu connu du grand public béninois : celui des cailles. Interrogé par le journaliste Dr Thanguy AGOÏ, il présente les différentes étapes de cette activité, depuis la poussinière jusqu’à la ponte.
« Nous sommes dans le bâtiment de production des œufs de caille. Ici, nous avons les cailles en engraissement et les cailles en ponte », explique le propriétaire de la ferme. Une organisation qui permet de suivre les oiseaux selon leur âge et leur stade de production.
Des cailleteaux fragiles au départ, mais une volaille réputée résistante

À leur arrivée de l’éclosoir, les jeunes cailles sont placées dans la poussinière. Durant leurs premières semaines, elles ont besoin d’un environnement suffisamment chaud pour supporter les températures et poursuivre leur développement dans de bonnes conditions.
« Lorsqu’on amène les cailleteaux d’un jour de l’éclosoir, nous les disposons dans ces caisses où nous apportons du chauffage pour leur permettre de se protéger contre le froid », détaille Hounmenou Abel. Dans cette phase, l’éleveur insiste également sur l’entretien des caisses, l’eau et l’alimentation. « Le matin, très tôt, lorsqu’on vient, on enlève l’eau qu’on a servie la veille, si ça reste. On lave et puis on remet de l’eau à nouveau. On vérifie les mangeoires et puis on complète », explique-t-il.
Le chauffage peut être assuré au charbon ou au bois, installé dans un récipient adapté. Mais cette pratique impose une vigilance particulière. Le maintien de la chaleur est nécessaire pour les très jeunes cailleteaux, sans pour autant négliger les risques liés à l’utilisation du feu dans un espace d’élevage. L’éleveur estime par ailleurs que la caille présente une certaine résistance par rapport à d’autres volailles. Selon lui, « les cailles sont très résistantes » et l’exploitation ne pratique généralement pas la vaccination. Cette affirmation relève toutefois de la pratique propre à son élevage et ne dispense pas d’un suivi vétérinaire adapté.
De la poussinière aux cages : une croissance particulièrement rapide

Après environ deux à trois semaines dans la poussinière, les jeunes cailles sont transférées dans des cages. L’objectif est alors de poursuivre leur croissance tout en optimisant l’espace disponible. « Lorsque les cailles font 2 à 3 semaines dans la poussinière, nous les amenons dans les cages pour éviter toutes les maladies. Donc on les met dans les cages pour les engraisser pendant 6 à 7 semaines », précise Hounmenou Abel. Cette précocité constitue l’un des principaux atouts économiques de la caille. Dans de bonnes conditions d’élevage, les premières pontes peuvent intervenir relativement tôt.
« Généralement, à partir de la 6e ou de la 8e semaine maximum, vous avez les premiers œufs », indique l’éleveur. Une caille bien conduite peut, selon lui, produire « 250 à 300 œufs par an, dans de très bonnes conditions ». Pour un producteur, cette capacité représente un avantage important : contrairement à certaines activités agricoles dont les premiers revenus arrivent après plusieurs mois, l’élevage de cailles peut générer rapidement des recettes.
Près de 2 000 cailles sur la ferme
À Mahoudo Agro Business, le cheptel est composé de plusieurs catégories de cailles. « Ici, nous avons près de 2 000 cailles », affirme Hounmenou Abel.Certaines sont destinées à l’engraissement, d’autres à la production d’œufs de table et d’autres encore à la reproduction. Pour cette dernière activité, l’éleveur explique avoir adopté un ratio de trois femelles pour un mâle, afin de produire des œufs fertiles destinés à l’incubation.
La gestion d’un tel cheptel exige une organisation rigoureuse. L’alimentation varie notamment selon le stade physiologique : « Il y a l’aliment pondeuse qui est servi aux cailles qui sont en ponte, et l’aliment croissance pour les cailles qui n’ont pas encore commencé à pondre ».L’eau constitue également un élément essentiel du dispositif. Lorsque cela est prévu dans le suivi sanitaire de l’élevage, certains traitements peuvent être administrés par cette voie. L’éleveur cite notamment la coccidiose et le coryza parmi les problèmes sanitaires auxquels il doit faire face.
Une mortalité qui augmente avec l’âge
La rentabilité de l’élevage ne signifie pas absence de pertes. Hounmenou Abel reconnaît que la mortalité peut augmenter lorsque les cailles vieillissent.« Pour les cailles adultes, déjà à partir de 6 mois de ponte, 7 mois de ponte, on constate une petite mortalité par semaine », explique-t-il. La ferme a également connu un épisode particulièrement lourd. « Il y a 3 ou 4 mois, on a été attaqués par les fourmis magnans, et voilà qui ont décimé près de 800 à 1 000 cailles », raconte-t-il.
Un épisode qui rappelle que l’éleveur ne doit pas seulement surveiller les maladies. Les prédateurs, les nuisibles, l’hygiène, l’alimentation, la chaleur et les conditions générales d’élevage peuvent également peser lourdement sur la production. Pour maintenir un niveau de productivité acceptable, les cailles pondeuses ne sont d’ailleurs pas conservées indéfiniment. « Nous les gardons jusqu’à 8 à 9 mois de ponte maximum, puis on les envoie à l’abattage. Parce qu’après ça, elles ne pondent plus très bien », précise le producteur.
Japonaise, Tessa, Isabelle : différentes orientations de production
La caille élevée au Bénin appartient notamment à l’espèce Coturnix japonica, communément appelée caille japonaise. Hounmenou Abel explique que plusieurs types et lignées sont rencontrés dans les élevages. « C’est la caille japonaise qui est plus domestiquée. Il y a encore des cailles à l’état sauvage. La caille que nous utilisons ici au Bénin, c’est la caille japonaise », précise-t-il.
Parmi les dérivés rencontrés dans son élevage, il cite notamment les Tessas et les Isabelles, avec des caractéristiques différentes selon l’objectif recherché. « Les Isabelles sont en production là-bas. Elles produisent beaucoup plus en matière d’œufs. Mais en matière de chair, ce sont les Tessas. Les Tessas donnent plus de chair que les Isabelles », explique-t-il. Cette distinction est loin d’être anodine. Elle montre que l’éleveur ne choisit pas simplement une caille pour son aspect, mais en fonction de la finalité économique : produire davantage d’œufs ou obtenir davantage de viande.
Les fientes de caille deviennent une ressource
Dans beaucoup d’élevages avicoles, la gestion des déjections constitue une difficulté. À Mahoudo Agro Business, Hounmenou Abel affirme avoir trouvé une manière de les transformer en ressource agricole. « Les fientes de caille ne nous dérangent même pas parce que nous les utilisons pour la production maraîchère », explique-t-il.
La ferme les utilise également pour fertiliser ses propres cultures. « Le maïs qu’on a cultivé derrière, c’est uniquement avec la fiente de caille qu’on le composte », précise le producteur.Des maraîchers viennent également s’en approvisionner. Cette pratique illustre concrètement le principe de l’économie circulaire : un sous-produit de l’élevage devient un intrant pour l’agriculture.Les fientes sont collectées régulièrement. « Les fientes sont collectées chaque trois jours », indique Hounmenou Abel, qui précise que des équipements de protection sont utilisés lors du ramassage.
Le vrai problème n’est pas de produire, mais de vendre
Derrière les performances techniques de l’élevage se cache pourtant une difficulté majeure : le marché. Pour Hounmenou Abel, c’est aujourd’hui le principal frein au développement de la filière au Bénin. « Le problème que nous avons au Bénin, c’est que le secteur n’est pas connu. Les œufs et la viande de caille ne sont pas connus du grand public », déplore-t-il.
Cette faible connaissance du produit agit directement sur la demande. Or, une production qui augmente sans débouchés suffisants peut rapidement devenir un risque financier pour l’éleveur. « Ce qui est plus difficile, c’est le marché. Aujourd’hui, c’est le marché. Si vous voyez un vrai producteur, il vous dira que c’est le marché », insiste-t-il. Son raisonnement est simple : la caille se reproduit et atteint rapidement l’âge de production, mais cette rapidité devient un problème si les consommateurs ne suivent pas. « Produire, c’est très rapide. C’est une espèce qui est précoce et productive. En l’espace de deux mois, vous pouvez passer de 500 cailles à 4 000, 5 000 cailles. Voilà, donc s’il y a le marché, on peut faire mieux que ce que nous faisons ici », soutient-il.
Plus de huit ans dans la filière, entre rentabilité et passion

Hounmenou Abel n’est pas arrivé dans l’élevage de cailles par hasard. Au départ, son choix était essentiellement économique.« Au début, moi, j’ai commencé l’élevage de cailles à cause de la rapidité à gagner de l’argent dedans », confie-t-il. Il explique avoir été séduit par la possibilité de commencer à commercialiser les œufs relativement rapidement : « À 7 semaines, vous faites un investissement, à 7 semaines vous commencez par vendre des œufs. C’est ce qui m’a motivé avant que je n’entre dedans ». Puis l’intérêt économique s’est transformé en passion. « Depuis plus de 8 ans, je suis dans la production », affirme-t-il. Mais malgré cette expérience, il reste confronté à la même difficulté : trouver suffisamment d’acheteurs.
Un élevage qui nécessite des investissements
Contrairement à l’image d’une activité facile à démarrer avec peu de moyens, l’élevage de cailles nécessite lui aussi des investissements.« L’élevage de cailles nécessite des investissements parce que c’est un élevage qui se fait dans des cages », souligne le propriétaire. Les cages permettent notamment d’optimiser l’espace, ce qui est essentiel lorsqu’un producteur souhaite augmenter progressivement son cheptel. Il faut également investir dans les grillages, les systèmes d’abreuvement et les autres équipements nécessaires.
Mais Hounmenou Abel défend une approche progressive : « On peut commencer petit et quand même grandir ». À Mahoudo Agro Business, l’ambition est justement de passer à une capacité supérieure. « Vous avez constaté que nous fabriquons encore des cages à la maison. C’est dans l’histoire d’agrandir notre production : passer de 2 000 à 4 000, pourquoi pas 5 000 », annonce-t-il.
Œufs et viande : encore un produit à faire connaître
Si le producteur estime que la filière possède un potentiel économique, il considère que la sensibilisation des consommateurs est indispensable. « Les gens ne connaissent pas les valeurs nutritives que regorgent les œufs de caille et la viande de caille. C’est ce qui fait que la production est un peu en baisse », estime-t-il.
Il présente l’œuf de caille comme une source de protéines, de fer, de phosphore et de vitamines. Ces qualités nutritionnelles peuvent constituer un argument commercial, mais elles doivent être présentées avec rigueur et sans exagération, notamment en distinguant les qualités nutritionnelles générales d’éventuelles allégations thérapeutiques. Quant à la viande, elle possède également ses adeptes. « C’est une viande blanche qui est tendre, savoureuse », décrit l’éleveur, avant d’évoquer avec enthousiasme sa préparation traditionnelle : « Si l’on vous fait le braisage accompagné de piron ou d’akassa, vous allez aimer. C’est une très bonne viande ».
La caille, une opportunité à condition de trouver les consommateurs
L’expérience de Mahoudo Agro Business met finalement en évidence un paradoxe. D’un côté, la caille présente des caractéristiques intéressantes pour l’éleveur : croissance rapide, entrée précoce en ponte, production régulière d’œufs, valorisation possible de la viande et des fientes. De l’autre, la demande reste insuffisante pour permettre à tous les producteurs de tirer pleinement profit de leur activité.
Le témoignage de Hounmenou Abel résume cette situation avec une formule simple : « C’est rentable comme je l’ai dit, mais il manque le marché. Nous avons un problème de marché ». À Sakété, son exploitation poursuit néanmoins son chemin. Avec près de 2 000 cailles et une volonté affichée de doubler, voire de dépasser ce volume, le producteur mise sur une meilleure connaissance de la caille par les consommateurs.Car pour cette filière encore discrète au Bénin, le défi n’est peut-être plus seulement de savoir comment produire, mais surtout de convaincre davantage de personnes d’acheter, de consommer et de valoriser localement les œufs et la viande de caille.
Firmin DANNON









